Si Tu Savais … les films ou documentaires sont rares concernant la catastrophe nucléaire du 26 avril 1986. Pourtant, raconter le désastre de Tchernobyl est à la fois un devoir de mémoire et une alerte sur une catastrophe loin d’être terminée !

Même si les faits qui entourent le drame de la centrale nucléaire de Tchernobyl restent encore nimbés de mystères et de relents de guerre froide, la série produite par Sky Atlantic et HBO s’attache à raconter l’événement au plus près de la vérité … disponible.

Minute par minute, heure par heure puis semaine par semaine, l’histoire nous embarque à l’intérieur de la centrale, quelques minutes avant l’explosion de l’un de ses réacteurs jusqu’au temps du procès, en passant par les tentatives techniques et humaines mis en œuvre pour tenter de stopper les graves conséquences de la fuite radioactive.

Démonstrations scientifiques à l’épreuve de la fiction

Chernobyl 2019 (c) HBO / Sky

La série aura (a déjà) ses détracteurs qui passeront au crible les faits et vérités établies à date avec les événements relatés dans la série. N’étant pas experte en la question, ce n’est pas tant la valeur historique de la série qui m’intéresse que les démonstrations scientifiques qui la ponctuent.

Et il faut bien avouer qu’à ce niveau, la série délivre des explications scientifiques plutôt pointues et pourtant très accessibles. Avec les cinq épisodes de la mini-série, la série nous aura permis de mieux comprendre la fission nucléaire, les impacts de la radioactivité sur le corps humain et l’environnement, les éléments qui constituent le cœur d’un réacteur nucléaire (russe en tout cas) et aussi les causes de la catastrophe de Tchernobyl. Beaucoup de physique, de chimie, de biologie et de technique donc, et cela sans presque en avoir l’air.

Lorsque que certains personnages se confrontent aux explications des scientifiques, impossible de ne pas y voir là l’occasion de mettre à l’épreuve la vulgarisation dont ces derniers pourront être capables. Entre schéma gribouillé sur un bout de papier, démonstrations en plein tribunal ou encore analogies en tout genre, l’approche de concepts fondamentaux est exemplaire.

Petit clin d’œil particulier à l'apparition des robots dans les zones à décontaminer. Ces machines capables d'aller là où l'humain ne peut aller se développent au gré du déploiement des centrales nucléaires. Dans la série, deux robots téléguidés tentent de nettoyer les déchets radioactifs sur le toit. La radioactivité étant si élevée, ils tombent en panne très rapidement, et ce sont des hommes qui sont envoyés à la rescousse. Ces hommes, étrangement appelés "bio-robots", ne pouvaient rester exposés qu'une trentaine de seconde. Il a donc fallu un grand nombre d'humain  pour réussir cette mission ! 

Démonstrations politiques : guerre froide et propagande

Chernobyl – 2019 (c) HBO / Sky

La série excelle également à dépeindre les tensions entre la bureaucratie soviétique et la communauté scientifique. En suivant de près le binôme formé par un physicien et un bureaucrate soviétique, la catastrophe prend l’allure de fabrication de mensonges d’état, de fake news pour utiliser une expression plus contemporaine. Cette fabrication du mensonge en plus de nuire aux populations à proximité de l’explosion, nuit également aux actions de sauvetages entreprises, les informations données pour établir les faits étant confondues avec les déformations entreprises par le KGB …

La série permet ce petit pas de côté pour questionner les relations entre science et politique. La catastrophe de la centrale n’est pas qu’une défaillance technique, c’est une défaillance politique. La puissance destructrice que représente le nucléaire ne peut être laissée aux mains de technocrates semble souligner la série. La puissance destructrice que représente le nucléaire ne peut être laissée aux mains de gouvernements isolés et aux ressources instables pourrions nous poursuivre.

Alors que les conséquences sont terrifiantes et s’échappent des frontières soviétiques, les décisions sont prises parfois trop rapidement ou alors pas assez. La série montre surtout une certaine impuissance à ne pas se laisser empêtrer dans les conflits idéologiques.

Une fiction pour rester vigilant ?

Chernobyl 2019 – (c) HBO / Sky

La série ne doit pas être prise pour un documentaire pour autant.

Les astuces et les inventions fictionnelles (comme le personnage de la chercheuse ukrainienne, Ulana Khomyuk, joué par Emily Watson) mettent la catastrophe en récit pour la rendre attractive : enquête, procès, drama amoureux ou vilain vraiment très vilain, rien n’échappe à la construction du scénario dramatique, pourtant tout en nuance.

Là où la série tombe à pic, c’est justement lorsqu’elle délivre un message d’alerte sur les gouvernements bureaucrates et centralisateurs peu enclins à partager les responsabilités d’une telle catastrophe. Et sur une catastrophe toujours en cours et souvent oubliée.

Les générations futures n’ont qu’à se tenir prêtes pour la relève ! En plus du réchauffement climatique, la gestion du parc nucléaire risque de prendre pas mal d’énergie et demander pas mal d’innovations technologiques …

Une question demeure à la fin de la série : qui peut être tenu comme responsable d’une telle catastrophe alors que s’enchaînent les maillons décisionnels défaillants ?

Chernobyl 2019 (c) HBO / Sky

Et si la série, à défaut d’apporter des réponses, permettait de prolonger la controverse qui entoure le nucléaire sous toutes ses formes ?

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