Si Tu Savais … Soyons honnête, la deuxième saison de la série Westworld m’a donné quelques maux de tête. Après un final de saison 1 assez explosif, retrouver le parc pour la suite des aventures s’annonçait brutal et énigmatique. Pas de déception concernant ces deux attentes : révolte sanglante, épopée vengeresse et casse-tête métaphysique. Les humanoïdes de Westworld sont-ils réellement en révolution ou est-ce là encore une boucle narrative banalement humaine ?

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@ Crédits : Sky Atlantics

La série Westworld a beaucoup fasciné lors de son arrivée sur les petits écrans en octobre 2016. Ambitieuse à la fois d’un point vue visuel et narratif, elle a su introduire de nombreuses réflexions sur les relations humains / robots. Le contexte de l’exploration, un parc grandeur nature reproduisant le tant fantasmé Far West (Disneyland pour adultes!), semblait idéal pour mettre à nue les plus redoutables vices des « visiteurs » (les humains) auprès des « hôtes », ces humanoïdes au service de divertissements programmés. Enfermés dans des boucles narratives, les robots sont là pour faire vivre des aventures inoubliables aux joueurs et aussi se battre, tuer d’autres robots et se faire tuer par les humains, se faire violer, se faire torturer toute cela pour le bon plaisir des humains qui viennent se divertir loin du regard de la société. Ainsi, toute la première saison aborde cette complexe question éthique : quelles relations pouvons-nous, nous êtres humains, entretenir avec des machines qui nous ressemblent, qui sont capables de simuler des émotions et des sentiments et aussi capables d’apprendre et d’évoluer ? 

Après cette saison où la cruauté semblait ne pas avoir de fin, il est temps d’assister à la revanche des créatures du parc envers leurs exploitants …

« I don’t want to play cowboys and Indians anymore, » Dolores (Evan Rachel Wood) told Bernard (Jeffrey Wright). « I want their world. The world they’ve denied us. »

… et d’aller un peu plus loin dans la réflexion sur nos relations hommes / machines !

D’abord, un petit retour sur le LE NOUVEAU GÉNÉRIQUE ! Dès les premières images de cette nouvelle saison, quelques indices qui nous en disent déjà beaucoup sur la suite :

  • Le cheval au galop (clin d’œil à l’analyse du mouvement initié par le photographe américain Muybridge en 1878 ?) est remplacé par un bison emporté par sa course,
  • L’apparition d’une humanoïde tenant un bébé dans ses bras (résultat du couple aperçu dans le générique de la saison 1 ?)
  • La fabrication d’une chevelure blonde (la renaissance de Dolorès?)
  • La plongée d’un robot dans un liquide sombre (blanc dans le premier générique)
  • Le chapeau de cow-boy disparaissant dans l’obscurité (fin du format western et de l’homme en noir?)

SI VOUS N’AVEZ PAS REGARDÉ LA SAISON 2 ET QUE VOUS COMPTEZ LE FAIRE, NE LISEZ PAS LA SUITE !

Si la première saison nous faisait découvrir une partie de l’envers du décor, l’organisation du parc, des programmes, des personnages et de leur arc narratif, la saison 2 nous questionne sur notre envie (besoin?) de créer des humanoïdes si proches de nous. Maintenant que nous comprenons le fonctionnement de la machine, pouvons-nous comprendre l’humain? 

 

DÉFIER LA NATURE

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@ Crédits : HBO

Car c’est bien là que nous emmène (ou souhaite nous emmener) Westworld. Qu’est ce qui fait l’humain ? Des robots ayant atteint un niveau d’intelligence et surtout développer une volonté de s’émanciper de leur condition d’esclave peuvent-ils être aussi libres que les êtres humains prétendent l’être eux-mêmes ? Cette question couplée à celle de l’identité est majeure. Dans la série, la distinction entre « visiteurs » et « hôtes » est remise en cause après la révélation concernant la nature et l’identité de Bernard Lowe, l’un des ingénieurs chargés de programmer et réparer les humanoïdes.

Ainsi, il est devenu difficile de faire la différence entre les humains présents dans le parc et les robots « eveillés » (ayant conscience de leur existence en tant que robot). Chaque personnage semble être libre de choisir sa destinée. Même Bernard ayant découvert sa nature robotique se découvre un passé, une histoire et un futur. Étant la copie de l’un des fondateurs du parc, Arnold Weber, décédé il y a plus de trente ans, ce robot est au cœur de toutes les intrigues.

Et là commence une nouvelle question épineuse : ces « hôtes », conçus pour abriter des espris/ consciences d’humains comme des coquilles vides peuvent-ils à leur tour devenir des êtres à part entière ?  Télécharger l’esprit d’une personne dans un corps artificiel et devenir immortel, est-ce là le but ultime de l’existence de parc et de ces robots ?

DÉFIER LA MORT

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« Aussi toutes les histoires inventées par les hommes ont fait large place à ceux qui échappent à la mort et qui sont immortels par voie de conséquence, ainsi qu’à ceux pour qui se rouvrent les portes et qui, par là, renaissent. » Jacques Van Herp – « Panorama de la Science-Fiction » – Éditions Lefrancq – 1996

Le parc (enfin, les parcs, car le Far West n’est plus le seul décor de la série), serait donc en réalité un espace de test dans lequel les comportements des visiteurs sont récoltés, analysés et dupliqués afin de créer une copie artificielle des visiteurs eux-même. Là où se trouvent des données, le business n’est pas loin, c’est dans l’air du temps ! Et cette obsession de pouvoir un jour mettre notre esprit, notre conscience dans une machine qui serait réparable à volonté résonne parfaitement avec les discussions actuelles autour des mouvements transhumanistes. Si nos corps détruits (tués) retrouvaient vie à travers des codes et des machines ? Si nous parvenions enfin à copier les humains, à fusionner l’humain à l’ordinateur, nous nous soustrayons à la mort et pourrions même renaître sans fin. La série met en scène cette boucle entre vie, mort et renaissance lorsqu’elle brouille les identités et la nature des personnages. Des robots se font réparer sans cesse pour revivre, des humains désincarnés existent à travers des programmes informatiques herbergés dans des robots. Il devient difficile pour nous de distinguer l’humain de la machine, comme si nous vivions un test de Turing systématique. Ce n’est donc pas étonnant que la série utilise souvent le procédé du tête-à-tête entre deux personnages comme une expérimentation aussi pour nous spectateur. La série semble nous demander : est-ce que vous comprenez ? savez-vous les reconnaître ? Qui est mort et qui est réellement en vie ?

DEFIER LE TEMPS

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@ crédits : HBO

En plus de tenter de nous perdre sur ces questions, la série joue sur plusieurs temporalités. Si dans la première saison, nous découvrions à la fin que ce que nous pensions être le temps présent n’était en fait que les premiers temps du parc il y a plus de trente ans, la saison 2 développe trois axes différents :

  • celui d’avant la construction du parc et des premiers robots qui le peupleront (Dolorès est déjà en place ! )
  • celui juste après le carnage de la fin de la saison 1
  • celui (un temps court mais qui a son importance pour mieux brouiller les pistes) qui se déroule onze jours exactement après ce carnarge

Ce puzzle temporel, agaçant et déroutant, délivre ses secrets comme le petit poucet semait ses petits cailloux. La vigilance est de mise pour savoir dans quelle temporalité nous sommes transportés. Entre temps courts et temps longs de la narration, cela rappelle que les sciences et les techniques ainsi que les enjeux qui les accompagnent évoluent, s’adaptent, se modifient en fonction des objectifs que nous leurs assignons et ces objectifs changent en fonction de l’environnement sociétal. Ces distorsions dans le scénario apparaissent presque nécessaires pour mieux appréhender les nouvelles questions d’éthiques soulevées par l’évolution des technologies.

Le monde des datas se révèle beaucoup plus puissant dans cette deuxième saison. Lorsque dans l’épisode final Dolorès et Bernard s’immisce dans le serveur du parc contenant toutes les données des visiteurs, ces données si précieuses aux exploitants, le dialogue est plutôt comique :

Logan : “A human is just a brief algorithm, 10,247 lines of code »

Bernard : “Is that all there was to it?”

Logan : “They are deceptively simple”

Les robots seraient donc plus complexes que les humains ?

 

DÉFIER L’HUMANITÉ

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@ crédits : HBO

L’humain est-il vraiment si simple à « décoder » ? Sommes-nous si facilement compris dans nos actions, nos comportements ou nos modes de pensée ? Il semblerait que malgré l’ironie de l’échange cité précédemment, ce soit plutôt l’inverse que semble dire la série. Après tout, aucun des humains téléchargés dans les hôtes ne semble répondre à l’objectif de fidélité que le programme du parc semble viser.

Plutôt que de tenter de copier l’humain, et si les robots devenait une nouvelle espèce à part entière ? Bernard et Dolorès (toujours eux) semblent s’opposer dans leur manière de se projeter dans le futur maintenant que cotoyer le monde réel est devenu possible. Bernard choisit de ne pas être le dernier des hôtes, choisit de se battre pour que son « espèce » survive. Il incarne le robot qui, conscient de sa « nature », souhaite la prolonger. Il crée alors un nouvel hôte (une copie physique de Charlotte Hale intégrant le code de Dolorès). La machine qui crée la machine … Si elle est capable de se reproduire, ne peut-on pas parler d’une certaine forme de filiation ? Dolorès incarne plutôt le robot militant qui est prêt à aller au combat et à se venger de ce que les humains ont fait subir aux siens. Cette dualité entre violence et non-violence symbolisée par ces deux personnages évoque les courants des mouvements des droits civiques aux USA dans les années 50/60 et il n’est pas inintéressant d’imaginer ce prolongement dans la saison qui suivra.

Sortir du parc et se retrouver dans le monde réel sera l’occasion de redistribuer les cartes et d’inventer un monde dans lequel une nouvelle espèce aurait sa place … mais avec quels dangers pour les humains ?

La dernière conversation entre Bernard et Dolorès est particulièrement ironique.

Bernard : “Is this now?”

Dolorès : Yes, Bernard. This is now. We’re at the beginning. We’re exactly where you decided we should be.”

Après nous avoir manipulé pendant toute la saison à travers différentes time lines, les deux robots survivants ont comme qui dirait le sens de l’humour … ou pas. Nous pouvons dire que la bataille commence vraiment.

 

POUR CONCLURE  

La série « Westworld » rassemble un certain nombre de mythes et de fantasmes humains que nous retrouvons dans les utopies tranhumanistes ou posthumanistes : fusion humains/machine, immortalité évidemment mais aussi apparition d’un nouvel être plus évolué et plus perfectionné qui viendrait à bout de ce qu’il reste de ce que nous appelons l’humanité. Elle s’inscrit dans ce panorama fictionnel qui nous propose soit de nous méfier de la technoscience soit d’y trouver un futur meilleur. Nous y trouvons du « Matrix », du « Real Humans », du « I.A Intelligence Artificielle » et même du « Blade Runner » et cette envie de mettre en scène des robots au service des humains qui se révoltent. Sa narration labyrinthique peut parfois nous perdre et éprouver notre sens logique. Son approche philosophique pourrait peut-être se résumer à cette prédiction de Michel Foucault : « Un jour, l’homme s’effacera, comme à la limite de la mer un visage de sable ». 

 

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@ crédits : HBO
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