Si Tu Savais … La diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI) fait partie des missions des chercheur·e·s au même titre que la valorisation de la recherche et l’enseignement. Accueillir des publics dans les laboratoires ou des centres de recherche répond à cette mission de diffusion de la CSTI. Alors comment s’effectuent ces rencontres avec des publics ?

De nos jours, ces dispositifs de visite de laboratoire sont assez courants et entrent dans la routine des laboratoires. Il n’ y a qu’à voir le nombre de portes ouvertes de laboratoires scientifiques pendant la Fête de la Science ou la semaine du Cerveau pour se rendre compte de cette pratique.

Ces actions sont souvent ponctuelles mais il existe aussi des expériences plus longues ou plus suivies pour accompagner les publics à la découverte des labos au cours de l’année.  A travers des stages immersifs de publics scolaires, des participations à des ateliers pédagogiques ou des projets menés en collaboration entre écoles et labos, cette « ouverture » des frontières profite à chacune des parties.

Quelques exemples non exhaustifs ! (d’ailleurs n’hésitez pas à en ajouter dans les commentaires … )

  • Stages immersifs de publics scolaires au sein de laboratoire de recherches type les « Apprentis chercheurs » de l’Arbre des Connaissances ou la « Science Académie » de l’association Paris-Montagne (la Science Académie, après plus de dix années de fonctionnement en partenariat avec différentes structures de recherche a dû mettre fin à ses activités fin 2017 par manque de financements – hélas !).
  • le réseau L’Experimentarium® :  programme initialement conçu par l’Université de Bourgogne en 2001 a pour objectif de créer des rencontres entre chercheur·euse·s et différents publics.
  • Pour les versions numériques, des lucarnes existent sur Twitter, les comptes « En direct du labo » ou « La bio au labo » par exemple, inspirés des tendances anglo-saxonnes lancées depuis 2013 (@Realscientists / @WeTheHumanities)

Aller dans un laboratoire scientifique n’est pas une expérience très commune   pour les publics malgré tout et cela reste une véritable occasion de faire des rencontres, d’aborder des thématiques scientifiques différemment et aussi de laisser libre cours à la curiosité !

médiation scientifique au labo

Ouvrir les portes du labo, quels atouts pour la communauté scientifique et les publics ? 

Partager ses passions ?

L’une des premières volontés affichées par les scientifiques (doctorant·e·s et chercheur·e·s) et par les laboratoires : partager sa passion et susciter des vocations. Le plaisir de partager ses recherches ainsi que le plaisir de pouvoir transmettre ce plaisir (et oui c’est une notion essentielle ! ) sont d’excellentes raisons pour mettre en place des activités au sein des laboratoires. Comme le décrit le réseau de l’Expérimentarium, il s’agit de créer une rencontre entre scientifiques et publics et ne pas faire oublier que derrière les sciences ce sont de humains qui travaillent.

L’OCIM (Office de Coopération et d’Information Muséales) propose chaque année un journée dédiée à la rencontre entre chercheur·e·s et publics, subtilement et joliment appelée « l’art de la rencontre », qui questionne la pratique de la médiation par les jeunes scientifiques.  

« Humaniser » les sciences ?

Certains outils complètent cette approche humaine de la rencontre entre acteurs et actrices des sciences et publics. La radio, par exemple permet d’explorer à la fois une thématique scientifique et un métier, une pratique. « La conversation scientifique » d’Etienne Klein en est un bon exemple, tout comme l’émission de Radio Aligre « Recherche en cours » proposée par Jean Marc Galan. Ces émissions sortent des actualités scientifiques pour s’intéresser au scientifique, à la chercheure en tant que personne.

Lutter contre les stéréotypes ?

Rencontrer, « humaniser » les sciences et aussi lutter contre les stéréotypes liés au monde de la recherche, en voilà de beaux objectifs ! Les films ou les séries représentent souvent les scientifiques seul·e·s dans leur laboratoire. C’est évidemment très éloigné de la réalité. Le travail collaboratif fait partie des réalités de la recherche et il est important de le valoriser. Et puis, derrière LA recherche ne se cachent pas que des chercheur·e·s ! N’oublions pas toutes les personnes impliquées (technicien·ne·s de labo, personnel administratif, par exemple).

médiation scientifique au labo

Autre stéréotype à combattre : le scientifique est un LE, il est en général blanc, issu d’un milieu CSP+ et un peu âgé. Les femmes restent sous-représentées dans les carrières scientifiques (sauf dans certaines disciplines telles que la biologie) et surtout sous-représentées dans les postes à responsabilités dans les labos.

D’autres sont complètement dédiés à cette action : 

Vers une plus grande diversité sociale ?

La diversité sociale dans le profil des scientifiques montre aussi que si le monde de la recherche reste étanche et ne s’ouvre pas à des profils différents, il risque de d’enfermer dans un « entre-soi » systématique (même origines sociales, même loisirs, même culture, même pensée ?). Ce sont des axes forts que développent de nombreux acteurs de la CSTI et faire visiter des labos à tou·te·s peut être une façon d’envisager ces diversités.

Faire le lien Sciences et Société ?

Autre avantage identifié pour les chercheur·e·s, celui de rendre accessibles et réels les axes de recherches en contextualisant les enjeux et les applications. Découvrir un lieu, les objets dont les équipes scientifiques se servent tous les jours ou presque, appréhender les contraintes que les scientifiques rencontrent dans leur travail, tout cela rend concrétise la recherche et lui donne du sens. Pour les publics, la mise en relation avec leur quotidien rappelle que les sciences et les techniques font parties de notre à bien des égards et sous différents formes (même controversées).

Rencontrer des publics dans son labo permet aussi aux scientifiques d’avoir accès aux connaissances de ces publics, à leurs questionnements et interprétations. Les visiteurs apportent avec eux un autre regard sur les sciences et il est important de le prendre en compte et de le respecter.

Quels freins ou points de vigilance ? 

Outils de com’ ?

L’accueil de publics au sein de laboratoires peut parfois donner l’impression de s’intégrer dans un « grand coup » de communication de la part des établissements de recherche. Ces actions de portes ouvertes ou de stages pour des scolaires permettent aux labos de montrer leur ouverture sur le monde alors qu’en réalité, les rencontres ne sont que ponctuelles ou parfaitement dirigées. Certains labos ne cachent pas non plus leur velléité de promouvoir des carrières à travers ce type d’actions. Il faut donc faire preuve de prudence et ne pas mélanger les objectifs au risque que les publics ne sentent pas tout à fait concerner par cette rencontre proposée. Il semble donc primordial d’être très clair sur ses propres objectifs en tant que scientifique et en tant qu’institution. Découverte métiers (et donc orientation), transmission d’informations scientifiques ou encore participation à la recherche, l’objectif principal doit être inclus dans la communication auprès des publics cibles.

Outils d’éducation ?

Avouons le, provoquer la rencontre parfois ne suffit pas. L’envie de partager des savoirs peut prendre le pas. Les scientifiques n’ayant pas l’habitude ou la formation adéquate peuvent se mettre en posture de « professeur » et instaurer involontairement une relation « sachant·e / ignorant·e ». C’est très vrai avec le jeune public qui adopte rapidement cette posture d’élève mais ça l’est aussi avec les adolescent·e·s et les adultes. Il ne faut pas nier que ce type d’événement soit pertinent pour transmettre des connaissances sur une thématique scientifique, mais il ne faut pas oublier que ce sont des personnes qui se rencontrent et qui partagent leurs savoirs et leurs réflexions. Ce n’est absolument pas un cours ! 

L’importance de la vulgarisation !

Dernier point de vigilance, le vocabulaire ! Vous entendez les scientifiques dire  » mais je ne vais pas repartir de zéros dans les concepts, je ne vais tout expliquer, cela prendrait trop de temps. » Et bien, sans forcément partir de zéro, c’est déjà mal commencer que de se dire que les publics ne savent rien. Il n’est pas nécessaire d’avoir le même niveau de connaissances pour se parler. Heureusement non ? Mais il est nécessaire d’avoir un langage et un vocabulaire compris par tou·te·s. Adieu jargon, baragouinage ou charabia ! Faire un choix dans ce qui peut être dit et comment le dire est essentiel et demande un approche de la vulgarisation efficace, sans pour autant dénaturer les sciences et les travaux en cours. Une formation et des expériences sur le terrain ne peuvent qu’aider à gagner en méthode et en efficience. 

Des entraînements pour vulgariser ?

  • participer à Pint of Science évidement !
  • se présenter au concours MT180 (Ma Thèse en 180 secondes)
  • Mettre en place une activité pendant la Fête de la Science
  • Accompagner des initiatives associatives : rencontres avec des jeunes, participation à la conception d’expositions, présences à une conférence
  • Créer son podcast ou sa chaîne Youtube ou Dailymotion
  • Accueillir des « stagiaires » en immersion ou en accompagner des équipes pédagogiques sur des projets

Beaucoup d’opportunités pour pratiquer et renforcer ses capacités à bien communiquer !

Ouvrir les portes d’un laboratoire scientifique demande d’avoir les idées claires sur les objectifs, l’organisation interne (l’équipe qui accueille, la sécurité des publics, la confidentialité de certaines recherches) et les formats à mettre en place. Les sciences y sont présentées dans leurs contextes de production (en partie en tout cas) et dans leurs contextes de fonctionnement. C’est important pour les publics d’avoir une approche simple et chaleureuse des acteurs et actrices des sciences. Ces moments déclenchent de la curiosité, des questionnements et le dialogue instauré dépasse les paradigmes communicationnels souvent sous-jacents dans ces actions de CSTI.

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