Si Tu Savais … il existe des films qui font vibrer le cinéma, qui lui retire cette pellicule lisse et parfois insipide. Il existe des films qui produisent de véritables orgasmes visuels. « Les garçons sauvages » de Bertrand Mandico se trouve à la frontière de ce genre là. Emmêlant genre, sexes et sexualités, il tente une métamorphose autant esthétique que sociologique du féminin et du masculin.

 

Expérimentation visuelle et sensorielle, le film « Les garçons sauvages » offre un matériau cinématographique mutant, malléable et orgasmique. Oeuvre frontière entre conte initiatique, érotique et fantastique, il propose une oeuvre fantaisiste incontestable.

Le pitch ! 

Pour faire court : voici cinq jeunes hommes de bonne famille qui après avoir commis un crime horrible, se retrouvent dans une épopée maritime ayant pour vocation de redresser leurs torts. Une île les attend qui verra faire naître en eux une transformation irrémédiable : de garçons sauvage, ils mutent en joyeuses amazones.

Que les cinq personnages masculins soient joués par des actrices est en soi une belle idée mais ne fait pas tout le film, loin de là.  En brouillant les pistes entre les sexes, les spectateurs et spectatrices ne peuvent que se mettre à chercher les différences tel un jeu des 7 erreurs. Le trouble du genre s’installe d’emblée. Cette facilité fonctionne à merveille surtout lorsque les personnages commencent une forme de « mue » sexuelle. Leur arrivée sur une île étrange dédouble la fantaisie visuelle, intégrant dans le paysage un nouveau personnage crucial : la végétation de l’île. Sorte d’immense délire organique rappelant les oeuvres de Cronenberg, la nature y est à la fois mâle et femelle, érotique, dangereuse, érectile et accueillante. C’est alors que les corps se transforment, que cette nature s’immisce en eux provoquant une mutation sexuelle et philosophique.

Car au delà de l’esthétique du film, qui allie le noir et blanc aux couleurs écrasantes, les incrustations kitsch aux montages modernes, c’est tout le message autour du genre qui semble l’emporter. Que nous dit ce film du masculin, du féminin, de l’intersexe ? Quelles représentations transmet-il ? Est il aussi clivant qu’il en a l’air ? 

L’imaginaire phallique est omniprésent dans le film et s’allie à la violence et à l’excès de la représentation du masculin. Alors que l’imaginaire vaginal est comme une offrande passive et délicate, sans ardeur. Ce schéma du masculin puissant et énergique et du féminin languissant et mou est loin de rencontrer les discours de notre temps qui ont vocation à gommer et à flouter ces figures de genre.

« Je peux transformer n’importe quel homme violent en être docile et civilisé » prévient le capitaine. Traduction : transformer les hommes violents en femmes serait une solution pour ces petits délinquants. Ajouter de la féminité serait donc adoucir le tempérament masculin.

N’est ce pas perturbant d’invoquer une transformation de sexe pour bâtir un monde meilleur ? 

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(c) ECCE / UFO

Le futur sera féminin ou restera violent et incontrôlable semble dire « Les garçons sauvages ». Toutes les figures d’autorité du film ont été des hommes. Certaines ont complètement mutées pendant que d’autres restent entre deux sexes. Prenons les cinq garçons de départ : chacun porte en lui une représentation caricaturale de la masculinité telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ils ressemblent un peu à un groupe de rock taillé sur mesure : cinq garçons, cinq personnalités qui misent ensemble en deviennent une seule : Trévor, personnage imaginaire libérant la violence du groupe.

Alors que certaines personnes quittent la salle en pleine projection, je m’avachis sur le fauteuil, fébrile de tant d’insolence, insolence de l’image et insolence de l’idée de l’image. Il existe encore des faiseurs de cinéma, loin de ces récits presque mécaniques que nous proposent les productions insipides et indolores du moment.

Mais je me redresse rapidement. Insolence de l’image et du matériau mais peu d’insolence de discours et de représentations des genres. Pire encore, un film moralisateur un peu trop accroché aux stéréotypes genrés.

Alors simple exercice de style ou film d’un nouveau genre ? « Les garçons sauvages » est avant tout un film différent et bourré d’audace créatrice. Du cinéma. 

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