Si Tu Savais … Représentation d’une menace plus ou moins crédible sur l’ensemble de l’humanité, le film apocalyptique efface tout : la société, les humains, parfois la Terre. Et pour notre plus grand plaisir (de spectateur·trice !). Entre heuristique et catharsis de la fin du monde, les films projettent d’inquiétantes possibilités et inscrivent les catastrophes dans nos imaginaires collectifs. Derrière les scénarios, sciences et fantasmes s’entremêlent. Je vous propose une liste, évidemment non-exhaustive et forcément subjective de films « Apo » (pour les intimes).

 

Pour commencer, une petite définition du film apocalyptique.

Pour qu’un film fasse partie de ce genre cinématographique, l’événement mettant fin à notre monde doit être présent à l’écran, inévitable et total. Les films traitant des survivants d’une catastrophe font quant à eux partie d’un autre genre, le cinéma « post-apocalyptique », genre très fourni ! Les frontières entre ces deux genres peuvent être légèrement floues pour certains films, surtout lorsque la fin est ouverte

Alors sous quelles formes la catastrophe prend –t-elle vie sur grand écran ?

Le nucléaire, encore et toujours ? 

Dès les années 50, la peur de la manipulation de l’atome nourrit les fantasmes des cinéastes. Avoir entre les mains cette puissance destructrice déstabilise les populations et l’imaginaire collectif place ce danger atomique au dessus de tous les autres possibles. L’ouvrage d’Hélène Puisieux, « L’apocalypse nucléaire et son cinéma » (éd. Le Cerf – 1988) analyse 107 films qui voient cette menace se transformer en catharsis pour les spectateurs.

Le film emblématique de l’apocalypse nucléaire reste pour moi « Le docteur Folamour » de Stanley Kubrik  en 1964 (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb). Il s’arrête là où l’anéantissement commence : la bombe est lâchée et dans une certaine forme de joie pour les spectateurs. Le film énorme farce et parodie de la guerre froide se termine par une scène mémorable de rodéo sur la tête d’une ogive nucléaire. L’alerte est là, simple et limpide : nous avons dans nos mains l’arme de notre propre destruction. Et la folie ou la bêtise des êtres humains sont les pires ennemies de notre futur.

Deux ans avant la sortie du « Docteur Folamour », le film expérimental français « La jetée » de Chris Marker (1962) nous embarque dans une boucle temporelle sans fin dans laquelle l’humanité est bloquée. Après la troisième guerre mondiale qui rendit la surface de la terre impraticable en raison des retombées nucléaires, il reste des survivants certes mais avec cette impossibilité de survivre davantage. Cobaye de la science, le héros voyage dans le temps mais est incapable de sauver le monde et d’éviter sa propre mort.

Autre voyage dans le temps en 2003 avec le troisième volet de la série Terminator, « Terminator 3, le soulèvement des machines« , dans lequel les hommes ne sont plus les responsables directs de l’effacement nucléaire. L’intelligence artificielle Skynet déclenche les armes nucléaires depuis les différents points de la Terre. Les ogives montent vers le ciel, les champignons atomiques bien reconnaissables, inondent la planète de leurs halos et de leur puissance. Puis la caméra quitte la Terre. Seule la voix off presque inutile tant la catastrophe est visible nous raconte la fin de l’humanité. Une fois encore, les humains ont mis en place un système causant leur perte et leur extinction.

 

Entre ces deux films, 1964 et 2003, une évolution des techniques évidemment, mais un même résultat : un risque global et total pour la survie de l’humanité. Les catastrophes nucléaires telles que Tchernobyl en 1986 ou Fukushima en 2012 hantent également le cinéma, mais toujours à une échelle beaucoup plus locale. Nous pouvons citer par exemple « La terre outragée » de Michale Boganim en 2012 ou encore « The land of hope » de Sion Sono en 2013. D’un côté, cela détourne ce risque global par un risque localisé. Le nucléaire reste potentiellement dangereux mais le risque, accepté car maîtrisé à une certaine échelle, quitte l’imaginaire collectif pour ne devenir qu’un risque environnemental de plus auquel les êtres humains sauront survivre.

La fin du monde : quel fléau !

Du côté des épidémies et des virus, impossible de faire une liste de supports tellement cette catégorie est dense. L’horreur épidémiologique (« epidemiological horror » comme l’appelle la chercheure Priscilla Wald) touche aux phénomènes de contagion et de contamination au sens large : maladies, intoxication, virus, bactéries, et même éléments indéterminés qui tuent les êtres vivants ou en modifient leurs comportements les rendant dangereux pour l’humanité.

Les films zombiesques ont toute leur place dans cette catégorie, à condition évidemment que la fin de l’être humain soit inévitable. Les films des mort-vivants ou plutôt des non-vivants sont de véritables réceptacles de nos angoisses refoulées. Ils cristallisent les pires aversions de l’humanité : maladie, épidémies, violence, vieillesse, mort et même le capitalisme ! Dans la saga des zombies de George Romero la fin n’est jamais explicitement une fin mais la possibilité d’une survie des héros reste relativement très faible. Tout comme pour la série « 28 jours plus tard » et « 28 semaines plus tard » qui ne partage aucun optimisme quant à l’éradication de l’épidémie. Le film « The last girl » dont j’ai parlé ici (2017) présente un autre aspect possible du fléau, un autre monde possible sans humains. Ce film propose un renouveau dans le genre : souvent pensée comme une forme de rage qui donne naissance à une violence furieuse (critique de notre capacité de violence ?) ou comme une forme d’apathie pour les êtres écervelés que nous devenons, l’épidémie zombie devient une nouvelle forme de vie mi-humaine mi-monstrueuse, à la frontière du posthumanisme.

« The seed is plented. The terror grows. » – trailer d’ « Invasion of the Body Snatchers » version de 1978

Le danger qui prédomine dans ces films de genre est la transformation directe physique du corps et la modification indirecte de la condition humaine.

Les transformations des corps avec des films moins horrifiques que les films de zombies enragés marquent le cinéma. « Perfect Sense » de David Mackenzie (2011) met en scène les êtres humains qui peu à peu perdent l’ensemble de leurs perceptions. D’abord  perte de l’odorat, puis du goût, du toucher, de l’ouïe jusqu’à l’inévitable cécité, le fléau qui touche la planète reste mystérieux et incontrôlable. Sommes nous devenus aveugle à notre monde semble demander le film. Le film « Blindness » de Fernando Meirelles (2007), sorte de métaphore du retour à une société archaïque et violente (fantasmée?) rentre également dans ce registre (le talent en moins).

Les modifications indirectes sur la condition humaine est quasiment abordée dans chaque film du genre puisque tout l’ensemble de la construction sociale de notre monde est bouleversé. Le film « L’armée des 12 singes » de Terry Gillian (1995) reste une chef d’oeuvre en la matière. En 2035, un virus a décimé la quasi totalité des habitants de la planète et seul un homme envoyé dans le passé peut tenter de sauver ce qu’il reste avant une destruction inévitable à venir. Librement inspiré de « La jetée » de Chris Marker, reprend les codes du schéma narratif du film épidémique : inquiétude, paranoïa, folie, recherche d’un refuge.  La saga « La planète des singes » (le premier film en 1968 Franklin J. Schaffner, le dernier en 2017 par Matt Reeves), pourrait aussi intégrée ce classement. Toutefois, les singes désormais dominants remplacent les humains dans les constructions sociales existantes.

 

Au secours, Mars attaque ! 

Mais l’humain n’est pas toujours responsable de sa propre fin. D’autres possibles nous entourent, des possibles venus d’ailleurs.

En 1898, le roman de H.G Welles, « la guerre des mondes » donne naissance à la vision la plus omniprésente dans la fiction : notre rencontre avec une vie extraterrestre, hostile de surcroît ! Cette vision d’un monde habité par d’autres formes de vie  marque l’imaginaire de cette fin de 19ème siècle et c »est la planète Mars qui semble la plus propice à abriter cette vie menaçante. Ce qui est intéressant c’est que la raison pour laquelle les martiens seraient prêts à nous attaquer  dans les années 1900 est celle qui nous pousse peut être aujourd’hui à vouloir quitter notre Terre : une planète aux ressources asséchées …

La menace extraterrestre peut être abordée avec beaucoup d’humour comme le prouve la parodie de Tim Burton, « Mars Attacks! » (1996). Elle peut aussi prendre une forme très inquiétante et loin de la pyrotechnie que des films tels que « Independant Day » de Roland Emmerich (1996) ont pu proposer et qui de toute façon ne se terminent pas par une apocalypse mais par un chant patriotique . Prenons par exemple le film de John Carpenter, « The thing » (1982). Dans un camps d’Alaska, une nouvelle forme de vie inconnue sur terre est découverte par un groupe de chercheurs. Cette entité venue de l’espace prend forme humaine à volonté et décime le groupe. Parmi les deux survivants qui est l’extra-terrestre ? Ce film, qui joue la carte de la paranoïa, représente l’une des fins de l’humanité les plus flippantes et sans forcément beaucoup d’effets spéciaux. Si l’autre est capable d’être nous alors nous ne sommes plus nous ? Ce sous genre du genre rejoint le sous-genre du fléau et de la contamination (vous suivez ?).

Tout comme « Invasion of the Body Snatchers » de Don Siegel (1956) dans lequel une forme de vie extraterrestre copie les humains avant de les remplacer. Pas étonnant que ce scénario est plu au point de connaitre deux remake : celui de Philip Kaufman en 1978 et celui d’Abel Ferrara en 1993.

A travers ces drames issus de l’invasion extra-terrestre, les humains explorent les frontières de ce qui les différencie des autres mais aussi de leur aptitude à défendre ce qu’ils sont et ce qu’ils ont (la Terre). Le schéma narratif correspond toujours grosso modo à ça : nous rencontrons des extraterrestres, ils sont hostiles, nous nous battons et dans une version apocalyptique, la fin des êtres humains n’est qu’une petite question de temps. Le côté pacifique de ces aliens envahissants n’est que très peu représenté au cinéma. Nous pouvons citer « Le jour où la Terre s’arrêtera » de Robert Wise en 1951 ou encore plus récemment, « Premier contact » de Denis Villeneuve en 2016, dans lesquels les intentions semblent être le sauvetage de l’humanité. Le mérite t-on vraiment ?

1, 2, 3 … feux d’artifice !

La menace venue de l’espace ne s’arrête pas à quelques espèces mal intentionnées. Que se passerait-il si le soleil, notre berceau de lumière et de vie venait à s’éteindre (et il fera un jour ou l’autre dans quelques milliards d’années) ? Et si une astéroïde menaçait de nous percuter et de semer le chaos et la mort ? Et si la Terre se désaxait ?

Ces scénarios qui aliment à la fois le cinéma et la recherche scientifique se rejoignent souvent pour le meilleur et pour le pire. En 1931, le film français « La fin du monde » d’Abel Gance semblait être le premier sur la liste des films présentant une conflagration cosmique mettant fin à toute vie sur Terre. Le choc n’a finalement pas lien. Les humains survivent après avoir causé de nombreux ravages. Du désastre, nous n’en voyons pas grand chose dans « Mélancholia » de Lars Van Triers (2011). S’intéressant aux derniers moments de l’humanité avant la collision inévitable de la planète Melancholia avec la Terre, le cinéaste danois en fait un film loin des traditionnels blockbuster.

« Melancholia aura peut-être été et devrait être pour toujours le seul film répondant aussi purement et absolument à cette exigence propre à une apocalypse-cinéma : que la dernière image soit la toute dernière image, c’est à dire la dernière de toutes  – de toutes les images, passées, présentes ou à venir. » – extrait L’apocalypse-cinéma » de Peter Szendy – éd. Capricci – 2012

Le fin de la pellicule concorde parfaitement à la fin de du monde. Une vision presque poétique qui pourrait nous faire oublier que nous ne sommes plus là. Que l’être humain n’existe plus. Difficile de faire mieux question collision. Le tipi magique du final n’efface pas la présence de la planète qui s’approche, n’efface pas l’apocalypse, il la magnifie, cristallise les contradictions de l’être humain : accepter sa mort certaine et trouver un refuge dans une sorte de protection imaginaire. Même fin apocalyptique, totale pour « 4h44, dernier jour sur Terre » d’Abel Ferrara (2016), où le refuge se trouve dans les bras de celle et celui que l’on aime.

 

« Le jour où la Terre prit feu » de Val Guest en 1961 pourrait rejoindre la catégorie des désastres atomiques. A l’origine de la catastrophe, des tirs de missiles nucléaires qui provoquent quelque chose d’inattendu : l’orbite de la planète se désaxe et la Terre se rapproche dangereusement du Soleil. La solution que les scientifiques proposent pour revenir en arrière est évidemment celle de relancer des ogives nucléaires. Le film nous laisse sur notre fin, puisque nous ne saurons pas si cette tentative sera couronné de réussite. Astre parmi les astres, le Soleil suscite également de nombreuses rêveries cinématographiques. Dans « Knowing » d’Alex Proyas (2009), une éruption solaire absorbe les planètes du système solaire. Cet élément reste impossible à maîtriser. En 2007, « Sunshine » de Danny Boyle nous faisait craindre un arrêt de notre astre fétiche et donc une fin de l’humanité en lente et douloureuse agonie. C’était sans compter notre super puissance technologique et notre maîtrise du nucléaire, seule puissance capable de réanimer notre soleil.

Tou·te·s coupables !

Et si nous revenions au début, à l’action de l’être humain sur Terre, son impact et ses responsabilités ? Et si la Terre ne supportait plus notre présence et que nous avions dépassé les limites ? Entre pollution, réchauffement climatique ou encore nouvel environnement hostile à la vie humaine, les désastres ne manquent pas.

L’apocalypse écologique est loin d’être un genre nouveau. Dans les années 60 et 70, de nombreux films montrent les dégâts des êtres humains sur Terre, dégâts nucléaires en tête mais pas que. « Soleynt green » de Richard Flescher (1973) dont j’ai beaucoup parlé ICI, fait partie de ces films qui dénoncent plusieurs problématiques : le réchauffement climatique, la surpopulation et de fait le manque de ressources vitales. L’apocalypse n’est pas présente à l’écran mais son futur se devine. Et si notre Nature se retrouvait n’être qu’une nature morte ?

« Du jour où l’homme a disparu, la nature a repris le dessus et commencé à nettoyer (…) » – Alan Weisman ‘The world without us » – cité par Christian Chelebourg dans « Les écofictions, mythologies de la fin du monde » – éd. Les Impressions Nouvelles – 2012 (p. 46)

« Snowpiercer » de Bong Joon-Ho (2013) est le parfait exemple des conséquences de nos actions à différentes échelles. Pour lutter contre le réchauffement dont nous sommes responsables, les techno-sciences et plus particulièrement la géo-ingénierie (la science de pouvoir intervenir et de modifier le climat) commettent une bourde sans précédent : au lieu d’empêcher le réchauffement du climat, elles le détraquent et causent un retour à l’âge de glace. Quelques survivants, précaires, captifs dans un train lancé à toute vitesse, résistent à cette fin du monde. Même si la fin du film ne semble pas si apocalyptique, comment imaginer survivre dans un monde de glace sans ressources ? Les dernières images, symbole d’une liberté fraîchement acquise, se suffisent pas à convaincre. Un ours polaire peut survivre à ce paysage hostile, l’être humain un peu moins.

L’erreur scientifique comme cause principale de fin du monde n’est pas à négliger et pourrait à elle seule représenter une seule catégorie. Quelle soit nucléaire, climatique ou biologique, elle agite cette paranoïa envers les institutions scientifiques capables de nuire à l’humanité autant qu’elles solutionnent des situations de crise. Si les humains se prennent pour dieu, les risques de dérèglement de notre planète et aussi de notre condition humaine (manipulation génétique, création d’intelligences artificielles qui nous dépasseraient, armes biologiques par exemple) sont lourds de conséquences et notre responsabilité est globale. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais dans Pantagruel.

Entre négligence, irresponsabilité ou  volontés de démiurges, les raisons de nous auto-détruire caressent une autre idée : celle de nous renouveler, d’inventer d’autres possibles pour l’humanité, de recommencer à zéro. Les films apocalyptiques se construisent autour d’un schéma narratif assez semblable quelque soit la catastrophe. Les règles, les institutions sociales, politiques, économiques sont anéanties. Si réanimer la conscience de notre fragilité dans l’univers peut être l’une des pistes de réflexion pour interpréter ce genre cinématographique qu’est le film apocalyptique, il semble aussi répondre à un besoin d’exécutoire pour nos peurs, principalement celle de notre mort. Autant ne pas la vivre seul !

 

Liste des filmes cités :

  • « La fin du monde » d’Abel Gance – 1931
  • « Le jour où la Terre s’arrêtera » de Robert Wise – 1951
  • « Invasion of the Body Snatchers » de Don Siegel – 1956
  • « Le jour où la Terre prit feu » de Val Guest – 1961
  • « La jetée » de Chris Marker – 1962
  • « Le docteur Folamour » de Stanley Kubrik  – 1964
  • « La planète des singes » de Franklin J. Schaffner – 1968
  • « Soleynt green » de Richard Flescher – 1973
  • « Invasion of the Body Snatchers » de P. Kaufman – 1978
  • « The thing » de John Carpenter – 1982
  • « Body Snatchers » d’Abel Ferrara – 1993
  • « L’armée des 12 singes » de Terry Gillian – 1995
  • « Mars Attacks! » de Tim Burton – 1996
  • « Independant Day » de Roland Emmerich – 1996
  • « Terminator 3, le soulèvement des machines » de Jonathan Mostow – 2003
  • « 28 jours plus tard » de Danny Boyle 2003
  • « 28 semaines plus tard » de Juan Carlos Fresnadillo – 2007
  • « Blindness » de Fernando Meirelles – 2007
  • « Sunshine » de Danny Boyle – 2007
  • « Knowing » d’Alex Proyas – 2009 En 2007
  •  « Perfect Sense » de David Mackenzie – 2011
  • « Mélancholia » de Lars Van Triers – 2011
  • « La terre outragée » de Michale Boganim – 2012
  • « Snowpiercer » de Bong Joon-Ho – 2013
  • « The land of hope » de Sion Sono – 2013
  • « Premier contact » de Denis Villeneuve – 2016
  • « 4h44, dernier jour sur Terre » d’Abel Ferrara – 2016
  • « The last girl » de Colm McCarthy – 2017
  • « La planète des singes, suprématie » de Matt Reeves – 2017

 

Publicités