Si Tu Savais … Encore un anglicisme me direz-vous ? Un de ces mots à la mode qui apportent des petites paillettes quand on l’utilise alors qu’au fond aucune révolution en vue … Peut-être avez vous raison. Peut-être. D’ailleurs si cela peut faire plaisir, nous pouvons déjà remplacer  le terme « Living Lab » par laboratoire vivant. Mais d’abord une définition un peu plus précise …

 

Living Lab et médiation scientifique
Living Lab et médiation scientifique – (c) VdeSousa

Un laboratoire vivant, ça veut dire qu’il y a des laboratoires morts ?

Le « living lab » est un espace, au sens lieu ou environnement, au sein duquel se créent des rencontres entre recherche, innovation et usagers potentiels. Au delà de l’espace mentionné, le living lab est encore plus souvent identifié à une démarche (comme nous pourrions parler de démarche scientifique) ou une méthode (comme celle appliquée en pilotage de projet et appelée méthode AGILE) appliquée à la fabrication d’un produit ou la conception d’un service, voir à sa future commercialisation.

A l’origine, une idée, une envie (un délice!) ou un besoin identifié. Puis, une équipe de participants·e·s aux profils variés (en général des scientifiques, des techniciens, des usagers, des artistes, des étudiant·e·s, des entreprises, des politiques, du public autres … ceci est non exhaustif).

Vient ensuite le temps de l’exploration (temps d’échanges, recherches documentaires, questionnements autour des objectifs ou des attentes) et de l’expérimentation (prototypage, présentation à des publics, recueil de données ou de témoignages).

Cette étape est suivie d’une phase d’évaluation car il est essentiel de se nourrir des retours des publics et/ou usagers pour revoir son projet ou le confirmer. Une fois tous les ingrédients testés et expérimentés, place à la co-création.

Alors ce laboratoire est effectivement bien vivant ! Autant par la prise en compte des utilisateurs et utilisatrices finales qu’il permet, que par la mixité des participant·e·s et la porosité des connaissances et des compétences, le living lab est un espace d’ouverture de la recherche et du développement (le R&D) vers le public.  Qualifier les laboratoires ne fonctionnant pas ainsi de « morts » serait un peu rude évidemment. Disons plutôt que le format living lab est basé sur le participatif avec des profils divers et variés entre des acteurs culturels, industriels ou institutionnels. Et c’est là que le lab’ devient particulièrement vivant et ouvert vers la société.

Deux mot-clés à retenir : Participation et innovation !

Ce laboratoire vivant et ouvert sur le monde a besoin d’un lieu / un espace pour exister et faire naître les interactions entre les participant·e·s. C’est là que les centres de sciences entrent en scène, tout comme les tiers-lieux, les musées et pourquoi pas les médiathèques également.

Il a également besoin d’un·e coordinateur·trice, de médiateur·trice·s, de personnes aptes à favoriser et faciliter les échanges, les participations et les outils.

Le point départ du living lab est plus ou moins clair : une question ? une problématique ? un concept de produit ou de service à développer ? Quelque soit l’amorce du living lab, une chose est sûre, le résultat ne peut être prédit par avance ni prescrit ! Il dépend des différents profils de personnes présentes, des décisions et arbitrages pris par les participant·e·s, de l’animation des séances aussi. Tous les ingrédients comptent et sur une même question ou un même projet, il sera rare d’avoir à l’arrivée le même résultat !

C’est un atout pour la démarche mais cela peut aussi être l’une de ses faiblesses … Comment investir du temps et de l’argent (n’oublions pas le financement dans la mise en place d’un living lab !) dans un projet dont le produit final reste inconnu ? Cette incertitude ne correspond pas vraiment à la façon dont nous pensons l’innovation. D’ailleurs, quel schéma connaissons-nous vraiment en matière de développement d’un nouveau produit? Etudes de marché, identification d’un besoin spécifique, conception, fabrication et diffusion sur le marché, la boucle est bouclée. Le bénéficiaire, l’usager ou l’utilisateur sont au coeur du processus en tant que consommateur final, en tant que cible, pas en tant que partenaire de l’innovation. La démarche living lab change la donne, l’utilisateur contribuant activement à l’innovation. Et cela soulève une autre problématique : comment intégrer ces nouvelles formes d’innovations participatives dans un modèle économique régit par des brevets, par la propriété intellectuelle et le marché ?

« Innovez c’est facile ! La difficulté, c’est de transformer l’innovation en vrai business. » (Mickael Dell, fondateur de Dell) Et oui, un autre risque identifié de la démarche living lab dans le cadre du développement d’un produit : se transformer en « groupe de testeurs » (sorte de consommateurs témoins) dont la participation ne serait q’une apparence.  Et pour le coup, le résultat pour les participant·e·s serait très décevant.

Quels apports pour les médiateurs et les médiatrices ?

J’aurais pu poser une question différente, comme par exemple : Quels bénéfices de la pratique Living Lab pour les visiteurs de centre de sciences ? Mais en fait, c’est plutôt la démarche au sein de la communauté des acteurs de la médiation scientifique qui m’intéresse aujourd’hui.

Trouver des outils, mettre en place des méthodologies et inventer de nouvelles formes pour mobiliser les publics, pour questionner les enjeux technico-scientifiques et pour créer des espaces de dialogues et de rencontres entre sciences et société sont ce que les médiateurs et médiatrices font en permanence dans leurs pratiques professionnelles. Prendre du temps, en communauté, pour réfléchir à ces pratiques, à ces enjeux et à de nouveaux outils est une chose précieuse et assez rare je dois le dire. Le faire sous forme de living lab autour d’une thématique précise apparaît comme un excellente opportunité de dégainer du post-it et de bonnes pistes de réflexion !

Dernièrement j’ai eu l’opportunité de participer à un mini-living lab lors de la rencontre proposée par l’Ecole de la Médiation et le groupe Traces (en partenariat avec le Palais de la Découverte et la Région Île-de-France) à Paris le 11 décembre dernier : « Comment les centres de sciences peuvent-ils être aussi un espace de dialogue entre la recherche et la société civile? » 

Vaste question, n’est ce pas ? Vous avez 3h !

Autour de la question, un public CSTI évidemment, plein d’enthousiasme et de curiosité. En alternant les prises de paroles collectives, le travail en groupe restreint, la mise en situation face public, le rythme de l’atelier living lab créé un espace de liberté expérimental  bienveillant. A la fin de l’atelier et de la vaste exploration du thème, des découvertes pour les un·e·s, des pistes à creuser pour les autres !

Parce que c’est bien là que se trouve la valeur d’une telle pratique : la contribution de chacun et de chacune transformée en  apprentissage collaboratif. Le partage des savoirs , la mise en relation,  le développement d’une communauté bénéficient à nos pratiques professionnelles et à l’adoption d’une posture réflexive indispensable pour progresser et innover. 

Living Lab et innovation des pratiques de médiation scientifique
Living Lab et innovation des pratiques de médiation scientifique – (c) VdeSousa

Pour aller plus loin …

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