PARTIE #1 : Introduction au thème de l’éco-cinéma et de la représentation du changement climatique 

Nul ne l’ignore : le changement climatique est là. Et pourtant, la catastrophe demeure abstraite dans la vie quotidienne. Comment le cinéma, témoin de son époque et révélateur d’une vision collective de la société, donne à ce danger abstrait un caractère tangible ?

Tous les films présentent des critiques de leur contexte historique. Ils produisent des messages intentionnels ou non sur les préoccupations contemporaines : nouvelles technologies, liens sociaux, enjeux politiques ou encore conflits armés. Les messages environnementaux et écologiques n’y échappent pas. Une analyse approfondie des films apporte des perspectives d’interactions variées entre nous, les humains, et ce qui nous entoure, notre environnement. Ces films deviennent alors des états des lieux des préoccupations environnementales qui lui sont contemporaines.

Dès les premières manifestations du cinéma, les sciences et les techniques sont montrées comme les alliées essentielles du progrès triomphaliste. Par exemple, à la fin du 19ème siècle, les frères Lumières filment « l’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » (1896). Ce train devient le symbole de ces capacités nouvelles qu’ont acquises les hommes : réduire les distances et favoriser la conquête de l’espace naturel encore à découvrir.

«l_arrivée d_un train en gare de la Ciotat 
« l’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » – 1895 (c) Wikimédia Commons

En 1898, les frères Lumières filment sur un plan fixe de 36 secondes des cheminées industrielles d’où s’échappent des fumées noires. Spectacle inquiétant, sensibilisation à la pollution ou signe d’essor industriel prospère, quelle réalité se cache derrière ces images ?  Regarder ce support avec nos yeux de citoyens du 21ème siècle n’est pas la même chose que de le voir avec les regards de l’époque. Au 21ème siècle, nous pouvons affirmer que nous avons développé une sensibilité à ces signes destructeurs pour l’environnement. Quel regard et quelle sensibilité dominent dans le contexte de production de ce film ?

L’analyse des films demande justement de croiser les regards entre passé et présent, de mettre en place une histoire relationnelle entre le support, son mode de production, son époque et son public. Elle offre ainsi une lecture entre les rapports sciences, sociétés et environnement complète et complexe.

L’objectif de ces articles (3 au total) sera d’étudier le thème du changement climatique (ou réchauffement climatique) à travers ses représentations dans des films grands publics américains allant des années 70 à nos jours, dont l’aspect « intentionnel » du message environnemental est clairement identifiable.

Messages intentionnels au cœur de l’action

De nombreux films traitent de messages environnementaux de façon intentionnelle sans pour autant en faire leur trame principale. Nous pouvons citer par exemple deux films représentatifs qui ne seront pas sélectionnés dans le corpus des films sélectionnés pour ces articles mais qu’il semble importants à identifier tant leur contenu « écologique » est notable : « Quantum of Solace » et « Elyseum ».

« Quantum of Solace » de Marc Forster (2008), film de la série James BOND, se déroule sur fond de contrôle de l’eau en Bolivie. Son thème principal reste l’espionnage et la vengeance. Cette fiction se dessine dans un contexte particulier et affiche une sensibilité aux actualités de l’époque. En 1999, le gouvernement bolivien décide de dénationaliser la distribution en eau de la ville de Cochabamba, 4ème ville du pays. Une société américaine, Bechtel, gagne le marché et les problèmes avec les populations locales débutent quasi immédiatement, le prix de l’eau connaissant une hausse fulgurante. La gestion capitaliste de cette ressource vitale devient le symbole à travers le monde de cette appropriation des services publics par des multinationales ne pensant qu’à la rentabilité. Le film de Marc Forster y fait donc écho sans détournement.

La Residenzia - Paranal
« Quantum of Solace desert »

Second exemple, le film « Elyseum » de Neil Blomkamp (2013) : une population de riches privilégiés se réfugie au sein d’une station spatiale laissant une Terre surpeuplée, polluée et affamée, rendue quasi inhabitable.

En 2009 une étude composée des données fournies par le département des affaires économiques et sociales de l’ONU prévoit une population atteignant les 7 milliards en 2012 et dépassant les 9 milliards en 2050. La démographie mondiale continue ainsi d’être le miroir de toutes les craintes : famine, flux migratoires, espaces naturels de moins en moins disponibles, vieillissement des populations des pays « riches », manque de ressources général.

Ces deux films développent des interrogations environnementales et écologiques coïncidant aux sensibilités et aux actualités scientifiques de leur époque : la raréfaction de l’eau dans certains territoires  pour le premier et la pollution et la surpopulation pour le second.

Le cinéma exploite souvent les risques environnementaux. Quelques exemples de thèmes rencontrés à travers le 20ème et le 21ème siècle (liste de films évidemment non exhaustive) :

  • Déforestation (« La forêt d’émeraude » – J. Boorman – 1985),
  • Extinction des espèces et de la biodiversité (« Silent running » – D. Trumbull – 1972),
  • Affaiblissement des ressources en eau («Mad Max beyond Thunderdome » – G. Miller – 1985),
  • Dévastation de la planète suite à des guerres nucléaires (« Damnation Alley » – J. Smight – 1977 ; « A boy and his dog » – L.Q. Jones – 1975 ; « On the beach » – Stanley Kramer – 1958)
  • Surconsommation (« Idiocraty » – M. Judge – 2006)
  • Surpopulation et famine (« Zero population growth » – Michael Campus – 1972, «  Soylent green » – Richard Fleischer – 1973)
  • Gestion des déchets (« Wall-E » – Andrew Stanton – 2008)
  • Pollution (« Nausicaä de la vallée du vent » – Hayao Miyazaki – 1984)
  • Surindustrialisation (« The Lorax » – Chris Renaud et Kyle Balda – 2012)

Mais la question du changement et/ou du réchauffement climatique est rarement abordée directement dans les films. Seul le film de Roland Emmerich, « The Day after tomorrow » (2004) sort du lot car tout son scénario est basé sur le changement climatique.  

Alors pourquoi cette absence ? Qu’est-ce que qui pourrait expliquer que cette question environnementale soit occultée de la production de masse de ces films aux étiquettes vertes en tant que thème principal ?

Publicités