Si Tu Savais … Pourquoi prendre au sérieux les films de zombies? Parce qu’ils parlent de nous et font partie de notre culture populaire.

Le genre zombies/infectés n’est pas encore passé de mode. La série « The Walking Dead » et son spin-off, « Fear the walking dead », aident à le maintenir sur le petit écran (malgré la qualité en baisse depuis quelques saisons pour la première et manque d’imagination pour la seconde). Sur le grand écran, les productions cinématographiques ne manquent pas comme par exemple « Dernier train pour Busan » (excellent!) en 2016 et l’arrivée prochainement de « World War Z 2 » (déjà que Brad Pitt aurait pu s’abstenir pour le 1).

Depuis la faste période des films sociopolitiques de George Romero aux  films d’actions ensanglantés et rebondissants de notre époque, il semble difficile de faire un film de zombies sans avoir l’impression de refaire ce qui existe déjà. Pourtant, c’est ce que réussi à faire en partie Mike Carey (scénariste) et Colm Mac Carthy (réalisateur) avec « The girl with all the gifts » (« The last girl » pour la France) , en salle depuis mercredi dernier.

Comme dans chaque support du genre zombiesque, le film se situe dans un monde qui ne tient plus qu’à un fil. Dans « The Last Girl », l‘humanité est en danger d’extinction et ne compte que quelques survivants luttant chaque instant contre des « infectés » voraces. Jusqu’ici, rien de nouveau sous l’apocalypse zombie.

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« The girl with all the gifts » ou « the last girl » – 2017

 

Mais dès les premières images, nous comprenons que nous ne sommes pas devant n’importe lequel des films zombies.

Synopsis : Dans une base militaire, des enfants sont retenus prisonniers et encadrés par des scientifiques et des soldats. Ces enfants sont en réalité infectés par un champignon transformant normalement les humains en mangeurs de chaire fraîche. Eux sont pourtant capables de se montrer particulièrement normaux. Ils sont cette deuxième génération de la mutation du champignon. Ils sont la solution. Parmi eux, Mélanie, jeune fille douée et empathique, parvient à devenir essentielle dans cette nouvelle donne.

Bon soyons honnêtes, les films de genre sont peu réputés pour avoir un traitement très scientifique de l’infection … quelques uns s’y sont frottés (notamment Worl War Z) mais cela n’a jamais été bien loin. D’où est venue l’infection ? Qu’est ce qu’elle produit dans le corps humain? Comment les cellules sont-elles attaquées ? Comment un zombie digère t-il ses repas?  Comment tient-il encore debout ? Est ce qu’il voit ?

Nous pourrions poser toutes ces questions et pourtant aucun film ne nous répondra par la science de façon directe et précise. D’ailleurs, savez vous qu’on ne devient pas zombie de la même façon à travers les époques ?

Par exemple, dans l’un des premiers films zombies (le premier?) « White zombie » de 1932, le mort-vivant le devient suite à un empoisonnement et une séance d’hypnose. Et surtout il devient esclave de son maître (celui qui l’a transformé). Cette « goule » apparait dans un contexte de rites vaudous.  Dans « la nuit des morts vivants » de G. Romero en 1968, les morts se réveillent et, sans autre dessein, se mettent à attaquer les vivants. D’où viennent-ils ? Le film ne nous le dit pas vraiment, une hypothèse de sonde ayant explosée dans l’atmosphère est suggérée mais pas confirmée. La scène finale nous montre l’organisation que se met en place pour les combattre et certains zombies pendus aux arbres. L’héroïne déclare « They’re us. We are them » avant d’utiliser son nouveau permis de tuer. Ces images et celles beaucoup plus réelles des lynchages des populations noires aux US font de ces films des critiques politico-démocratiques fortes.

Dans les films romériens et ceux de la même vaque, le zombie est un nouvel état après la mort. Pas besoin d’être mordu ou en contact avec d’autres zombies. « Tu meurs, tu te transformes en mort-vivant. » Cette condition change dans les films plus récents. L’apparition de zombies est liée à une manipulation scientifique qui aurait mal tourné. C’est devenu un élément viral et donc contagieux. « Tu te fais mordre, tu te transformes en mort-vivant », souvent combiné au premier « tu meurs, tu te transformes en mort-vivant ». Même si les explications restent faibles, le principal responsable de ce virus reste l’humain lui-même. Dans le film « World War Z » (encore lui) la recherche du patient Zero, celui par qui tout est arrivé, semble être la clé pour comprendre et éradiquer le virus.

Filming "She Who Brings Gifts" in Birmingham
« The girl with all the gifts » ou « The last girl » – 2017

 

Dans « The last girl », le responsable de cette mutation est un champignon qui colonise le cerveau et transforme très rapidement l’humain contaminé en chose affamée. D’ailleurs, cette histoire de champignon n’est pas sans rappeler l’Ophiocordyceps Unilateralis, ce champignon qui attaque le système nerveux des fourmis. Et c’est en s’inspirant de ces cas de fourmis et en interrogeant le biologiste Joao Araujo, chercheur à l’université de Penn State et spécialiste de ce champignon, que Mike Carey a imaginé cette nouvelle approche scientifique dans la conception des zombies, même si pour le moment, aucune interaction du champignon avec les humains n’est possible (ouf!).

Ce serait donc un élément naturel qui serait à l’origine de cette mutation de l’humanité. Et c’est ici que le film se détache des films du genre de notre époque. Ici, la fin du monde ne tire pas sa source dans la science ou dans les risques que la science comporte. Il ne présente pas la société du risque telle que nous avions l’habitude de la voir : science sans conscience …etc. Non. Il présente une évolution de la nature qui donne naissance à une nouvelle forme d’humanité avant d’en détruire les éléments nécessaires à cette mutation. Mélanie, être hybride, représente ce changement. D’abord enfermée de part sa dangerosité et le dégoût qu’elle inspire, elle devient au fur et à mesure du film celle qui aide, qui accompagne, qui sauve grâce à ses capacités et son empathie. Elle rappelle ces intelligences artificielles dont nous sommes appelés à nous méfier et pourtant que nous continuons de vouloir perfectionner encore et encore. Mais elle rappelle aussi la créature de Frankenstein et l’innocence complexe d’un monstre.

Ce retour à la nature, à sa puissance de destruction autant qu’à sa puissance d’adaptation fait de « The last girl » un film vraiment à part dans le paysage zombiesque. Un film que nous pourrions largement classé dans la liste des films interrogeant notre post-humanité.

Cette image (tirée des premières scènes du film) renvoie parfaitement à la conclusion : que regarde Mélanie, jour après jour dans sa cellule ? Des arbres et un chat. Son prochain environnement et son repas 🙂

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« The girl with all the gifts » ou « The last girl » – 2017
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