Si Tu Savais … Le slogan de la série britannique Black Mirror « The future is bright » imagine un avenir brillant, lumineux et éclairé grâce aux nouvelles technologies. Enfin, jusqu’à ce que l’humain s’en mêle …

A l’occasion de la 3ème édition du Festival de la Robotique de Cachan, une diffusion du sixième et dernier épisode de la saison 3 de la série, « Haine virtuelle » (« Hated in the nation ») était proposée au Cinéma de La Pléiade suivi d’un débat avec des étudiants en informatique et en cyber-harcèlement.

Synopsis :

Sur un plateforme ressemblant à Twitter, un hashtag désigne la futur victime d’une série de meurtres sanglants qui frappe les cibles au cœur d’un bad buzz. Les policiers chargés de retrouver le coupable découvrent son arme inédite mais surtout ses motivations.

Du cyber-harcèlement et du hacking, il en a été évidemment question tout au long de cet épisode de 90 mn. Mais pas que. Le foisonnement de thèmes STS (Sciences / Technologies / Société) à travers cet unique support est impressionnant  !

Dans Black Mirror, les thématiques abordées sont toujours extrêmement proches de l’actualité technologique et scientifique. Petite liste (peut-être non exhaustive) :

  • Extinction des espèces et notamment des insectes pollinisateurs

L’alerte autour des extinctions des espèces pollinisatrices, et plus particulièrement des abeilles, n’est pas récente. Nous pouvons citer le livre de Rachel Carson « Silent Spring » en 1962 qui lançait déjà la polémique autour des utilisations des pesticides de façon intensive dans nos productions agricoles et leur impacts sur ces insectes. Les conséquences de la disparition des abeilles sont considérables pour la biodiversité.

Dans Black Mirror, la catastrophe a eu lieu et les abeilles ont quasiment disparu de la surface du globe. Leur rôle majeur de pollinisation est assuré par de mini-drones autonomes. Alors, oui cette technologie est déjà en cours de test dans les labos et les centre de développement et recherches (exemple ici au Japon – Futura Tech). La représentation de cette technologie dans la série (le mini-drone autonome a une apparence d’abeille), permet de flouter les frontières entre le réel (le naturel) et le technologique. Les drones-abeilles y sont capables de fabriquer leur propre ruche et encore plus étonnant, de se reproduire. Equipées de GPS et d’IA, ils sont aussi ce qui soulève des craintes fortes au sein de notre société : la vidéosurveillance. Brother is watching you ! Et le tout financé en grande partie par le gouvernement …

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« Hated in the nation » – Black Mirror season 3 – Episode 6
  • They are watching us !

« Okay, the government’s a cunt, we knew that already”

Extrait personnage de Karine Parke interprété par Kelly Macdonald)

La thématique de cette surveillance invisible de la population par le gouvernement est récurrente dans les représentations cinématographiques et télévisuelles. Toujours développée à des fin de protection (contre le terrorisme, la criminalité, la délinquance), elle se transforme en outil de contrôle capable de nous dominer. Cette surveillance est un des outils principaux des régimes totalitaires (ex: « 1984 », « Brazil », « V pour Vendetta ») et constitue une privation des libertés individuelles. La reconnaissance faciale intégrée dans les mini-drones autonomes renforce ce sentiment du « tous fichés »!

L’espace public se transforme en écran de télévision géant à travers lequel tout est observable et identifiable.

  • Les nouveaux espaces publics : les réseaux sociaux

Mais l’espace public ne se limite plus à un espace physique. Les réseaux sociaux intègrent à leur façon ce que nous pouvons aussi appeler espaces publics. Encore une fois, les frontières se floutent et s’entrecroisent. Un espace palpable et un espace numérique ne se distinguent plus que par leurs règles.

Dans l’épisode, la sphère Twitter prompte à réagir aux actualités du moment (et vite oubliée le lendemain) se déchaîne avec le hashtag #DeathTo au point d’alimenter une loterie funeste et dramatique. Et à chacun de devenir un cyber-harceleur sans en comprendre les conséquences. Quelle responsabilité individuelle et collective se cache dans nos actions « virtuelles » ? Nous connaissons ces cas de cyber-harcélement ayant mené au suicide qui interroge les conséquences de cette nouvelle forme de harcèlement. Les réseaux sociaux sont autant de places publiques où il semble bon autant de punir que de porter aux nues les stars du jour, personnalités éphémères et temporaires mais dont les traces laissent une mémoire ineffaçable. Une déconnexion entre vie réelle et vie sociale sur ces réseaux semble nous rendre cruels ou stupides.

Black Mirror réussit souvent à faire passer ses univers dystopiques en futurs extrêmement réalistes. L’épisode, sorte d’enquête policière ultra codifiée, nous sert un monde aux frontières du réel dans lequel tous les éléments sont réunis pour nous condamner à notre pire humanité. Les progrès techno-scientifiques sont là, aux portes du futur, et prêt à nous sauver, à la seule condition de ne pas abuser de ces nouvelles forces et pouvoirs. Et voilà que l’épisode nous laisse à la porte, désabusés et horrifiés par ce progrès dont nous sentons tous les jours son emprise et son génie. 

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« Hated in the nation » – Black Mirror season 3 – Episode 6
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