Marcher pour soutenir, défendre, s’exprimer, lutter, se faire connaître, exister,
Marcher pour les autres, pour soi, pour nous, pour eux, pour tous
Marcher pour les libertés, la reconnaissance, la confiance, la politique, l’argent, le progrès,
ou marcher contre aussi.

Contre la précarité, l’oppression, le silence, les fake news, l’oubli, l’amalgame, les mensonges, l’obscurantisme, marcher contre lui, contre eux, contre ceux qui occultent les vérités et qui opposent science et croyance, science et confiance, science et société.

Cela fait des semaines que l’info passe sur les réseaux sociaux (Twitter en tête), à la radio (France Culture en tête) ou sur le Web (blogueurs scientifiques en tête).

Des semaines de frétillements, de préparatifs, d’agitation et de questionnements autour d’un sujet fort : quelle place pour les sciences aujourd’hui dans notre société, quelles représentations et perceptions citoyennes ? 

IMG_20170422_160056.jpg

Enquête, travaux pratiques & témoignages, non exhaustifs évidemment.

Je n’avais pas envie de participer à la marche pour les sciences. Difficile à expliquer, mais c’est comme si ce rassemblement lancé initialement par les scientifiques américains suite à l’investiture de D. Trump et reprit par des scientifiques français (cf. le Monde du 15 février 2017) ne me concernait pas vraiment.

Pourtant, en tant que citoyenne et en tant que médiatrice scientifique, je suis préoccupée par le manque de débat public autour de sujets tels que le changement climatique, l’innovation numérique, la santé du futur, le big data, les énergies de demain, les manipulations génétiques et bien d’autres encore.

Je suis également inquiète par le manque de recul que nous pouvons tous avoir parfois sur les informations qui nous parviennent rapidement et de toutes parts et qui semblent difficiles à discerner.

Ne travaillant pas dans le monde de la recherche, je me sens quand même concernée par les conditions de travail des chercheurs, du financement, des libertés de la recherche, des applications des innovations technologiques dans notre quotidien.

Pourtant, y être aujourd’hui (dans le cadre d’une enquête terrain pédagogique), c’était comme être à une fête à laquelle je n’étais pas invitée.

Extrait interview d’un jeune en thèse de biologie : « Vous vous rendez compte que là s’il y avait une bombe sur les 5 000 personnes qui marchent, ce serait une catastrophe, une génération de cerveaux en moins. En fait c’est très dangereux d’être tous rassemblés ici. »  Alerte cerveau surdimensionné en vue. … ah non, ce sont des chevilles en fait …

Cette marche citoyenne a rassemblé de nombreux profils : chercheurs, responsables de centre de recherches, universitaires, étudiants en sciences, journalistes scientifiques, médiateurs scientifiques, communicants en science et innovation, … et les citoyens non issus du milieu scientifique ? Parmi les personnes que mon binôme et moi même avons interviewées, 1 sur 10 n’était pas du tout issu du monde de la recherche (je rappelle que cet exercice n’est pas exhaustif).

Une femme travaillant pour le CNRS « mais je ne suis pas scientifique », nous précise t-elle », montre sa déception : « C’est un désastre. Il n’y a que des scientifiques ou presque. Je pensais qu’il y aurait plus de citoyens. Cela démontre qu’il y a encore beaucoup de boulot pour faire sortir les sciences des laboratoires et communiquer davantage auprès du grand public et toucher plus de monde. »

C’était surprenant de voir avec quelle envie et enthousiasme les personnes ont répondu à nos questions … enfin presque toutes nos questions !

A la question « quel.le candidat.e à la présidentielle vous semble le plus mieux défendre la place des sciences et techniques en société? », nous avons souvent eu le droit à des moues grimaçantes.

« Nous ne sommes pas là pour parler de politique. » (et les revendications de certains slogans alors ? budget, salaires, statuts … )

« Personne ne défend la science aujourd’hui dans le débat présidentiel ».

« Ce n’est pas une question simple : certains abordent les sciences, mais chacun à sa manière. JL Mélanchon avec les innovations numériques et la communication politique avec les hologrammes (JOKE?), B. Hamon a soulevé un débat intéressant avec sa proposition de taxe sur les robots et sur le revenu universel, ou encore E. Macron plus branché innovation et start-up. Mais d’autres l’occultent complètement comme M. Le Pen. « 

« Il nous manque la valorisation des sciences humaines dans cette campagne. Nous avons besoin d’histoire pour empêcher certains (certaine) de nier des vérités historiques. C’est essentiel. »

Tous s’accordaient sur une chose concernant l’objectif de cette journée : dénoncer les fake news et prôner une démarche scientifique appliquée par tous, « une démarche intellectuelle libre et critique, qui lutte contre l’obscurantisme et les croyances ».

C’était cette marche bon enfant et joyeuse, un réel engagement des participants. Finalement, c’était bien de s’y incruster, surtout sous ce format d’enquête.

Est ce qu’elle sera l’amorce d’une reconquête des sciences en société ?

« Je voudrais que les sciences soient le quotidien des politiques, qu’ils ne passent pas à travers les préoccupations qu’elles soulèvent et qu’elles dictent les mesures que nous devons prendre » – et ça c’est la seule non scientifique interviewée qui le dit !

Publicités