Si Tu Savais … La médiation scientifique, entre métier hybride et mutation sociétale.

Depuis que je côtoie d’un peu plus près le monde de la recherche et les enjeux de la médiation scientifique, je ne cesse de me poser cette question : moi qui ne suis pas une scientifique, qui n’est pas de doctorat en poche, qui ne travaille pas dans un laboratoire ou un centre de recherches, suis-je légitime pour pratiquer la médiation scientifique ?

Je vous le dis tout de suite, je n’ai pas une réponse arrêtée à cette question. J’ai plutôt plusieurs réflexions, qui je suis sûre, pourraient être complétées par les vôtres !

La première réflexion :

Souvent quand je présente ou anime une rencontre scientifique, les invités ou les publics pensent que je suis une scientifique ou que je suis issue d’un parcours scientifique. Par exemple, lorsque je prépare en amont la rencontre ou l’événement, le.la futur.e intervenant.e finit par me demander dans quel domaine scientifique je travaille, quelle est ma spécialité, mon domaine d’expertise ? Ce à quoi je réponds systématiquement que je suis une facilitatrice entre la communauté scientifique et les publics, principalement les plus éloignés des sciences, et que je suis au service des deux parties et que c’est ici, exactement à cette frontière que se trouve mon domaine de compétence.

Au niveau des publics, c’est le terme médiatrice scientifique qui porte à confusion. Avoir ce terme « scientifique » collé aux basques renforce une interprétation erronée.

Le fait d’être questionnée sur son parcours et son domaine d’expertise renforce cette réflexion : doit-on être soi-même issu du milieu scientifique pour parler sciences, pour les vulgariser, pour les partager, les mettre en débat ? Et dans, ce cas, doit-on être un.e spécialiste et créer des dispositifs de médiations uniquement dans le domaine scientifique que nous maîtrisons ?

i support #earthhour

Mais si tel était le cas, le spécialiste ne risque t-il pas de passer à côté de sa mission de médiation, son sujet étant ultra connu et maîtrisé?  J’ai rencontré des chercheuses et des chercheurs très doués dans la vulgarisation de leurs connaissances, le partage de leurs thèmes de recherches ou leur  travail au sein de la communauté scientifique. Mais entre vulgarisation et médiation, il y a un gap … la première étant un outil de la seconde, la seconde ne se résumant pas par la première.

Mais j’ai aussi rencontré des scientifiques incapables de communiquer sur leurs thèmes de recherche. Des personnes passionnées et passionnantes, curieuses de comprendre comment les publics peuvent appréhender leurs recherches et en comprendre les enjeux, d’échanger avec eux, mais qui ne savaient absolument pas comment s’y prendre, qui ne trouvaient pas les mots, les méthodes, et les dispositifs possibles.

C’est pourquoi je dirai, sans être pourtant à 100% d’accord avec moi-même, que plus la personne en charge de la médiation n’est pas experte dans le domaine qu’elle traite, plus son approche de candide parviendra à répondre aux attentes des publics (ou de la majorité des publics). De plus, le travail de médiation intègre systématiquement les scientifiques pour la création de contenu, sa validation, l’approche des enjeux sociétaux.  Le binôme « expert.e scientifique » + experte.e en médiation scientifique reste le binôme le plus efficace !

Je vois quand même apparaître un léger dysfonctionnement ou risque de dysfonctionnement dans le partage des tâches … le rôle attribué à la médiation scientifique se mue souvent en « relais des sciences ».

Second questionnement :

La médiation scientifique étant ce relais, un passeur  de sciences (mais pas que, j’insiste !!!), son expertise des publics, des dispositifs et des innovations sociales ne risque-elle pas d’être gommée par cette représentation presque passive ?

Souvent les termes de « ponts », de « passerelles », sont employés , parfois par des médiateurs eux-mêmes, afin d’expliciter la fonction de la médiation. D’un côté, la communauté scientifique, de l’autre, les publics, au centre, la médiation. Ceci est un schéma simplifié de la place de la médiation, de son rôle social et de ses représentations. Simplifiée mais réelle quand même. La médiation se transforme en miroir des sciences, en reflets des sciences et techniques en société.

Mais n’oublions pas que les ponts se traversent dans les deux sens ! La médiation scientifique ne doit pas être que de la communication (Ah la communication peut parfois avoir un goût de vilain gros mot pour certains …).

Copie de i support #earthhour

La médiation doit s’appuyer sur des savoirs, sur des expertises s’en y être assujettie. Ce qui amène aussi à se demander si elle reste impartiale et légitime lorsqu’elle est pratiquée par des scientifiques ? Pour le dire plus directement, ne voit-on pas le risque de défendre ses propres intérêts ou du moins les intérêts propres de son domaine de recherche et d’en exclure les publics et donc la société elle-même ?

Pour finir, une moitié de réponse …

La médiation scientifique est un véritable terrain de jeux et d’expérimentation sociale. Elle n’est pas (plus) que ce transfert de connaissance, cette diffusion du savoir et elle n’est pas qu’au service de la science, rôle dont elle a dû mal à se défaire me semble t-il.

Elle est avant tout au service de la société, élaborée par la société elle-même (associations, collectifs, réseaux d’acteurs de la médiation et de la culture scientifique et technique … et industrielle) et encore très largement financée par des subventions publiques.

La naissance des tiers-lieux (FabLab, Ressourceries, espaces de co-working, LivingLab …etc) est à l’image de ce mix de profils et de savoirs, de ces collaborations rendues possibles entre experts scientifiques, ingénieurs, entreprises, universitaires, agents territoriaux et … médiateurs, placés ainsi à l’intersection de l’espace public et politique.

Scientifique ou pas, la.le médiatrice.teur scientifique, par ses pratiques et ses dispositifs, doit mettre la science et la technique en perspective, en comprendre les représentations et proposer des réflexions et des actions de culture scientifique. C’est peut être là le seul domaine d’expertise à développer ?

Copie de i support #earthhour(1)

Publicités