Si Tu Savais … La Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CSTI) a, depuis le 9 mars dernier, son plan marketing avec définition de ses cibles, son fameux SWOT (mais si, tu sais le tableaux  recensant les forces, les faiblesses, les opportunités, les menaces), l’analyse des offres et de la demande (clients / concurrence), son positionnement, son organisation et son modèle économique (ah … non, en fait on cherche encore là …). Bref, la CSTI est prête pour répondre aux enjeux sociétaux d’aujourd’hui mais surtout de demain !

 

« L’ambition de la CSTI en France, selon la formulation du Conseil national de la CSTI, consiste à éclairer nos concitoyennes et nos concitoyens grâce aux acquis de la science et au partage de la démarche scientifique, à leur donner les moyens de développer et/ou de renforcer leur curiosité, leur ouverture d’esprit, leur esprit critique, et à lutter contre le prêt à penser ».

Extrait de la Stratégie Nationale de la CSTI – Mars 2017 -p.33

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Passons sur le terme « éclairer » qui me rappelle un peu trop une vision de la diffusion des sciences au temps des Lumières et qui transforme les concitoyen.ne.s en individus passifs.

Voici quand même une belle ambition affichée par la stratégie nationale de la CSTI, remise jeudi 9 mars 2017 à la Ministre de la Culture et de la Communication, Audrey AZOULAY et au Secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Thierry MANDON.

La CSTI ou la Culture  …

Le premier élément qui m’interpelle immédiatement est le suivant : cette stratégie a été remise à la Ministre de la Culture et de la Communication, venue introduire généreusement cette journée de rassemblement des acteurs de la CSTI.

Personnellement, je trouve cela énorme comme message. Alors, oui, la critique du tout culturel peut pointer le bout de son nez. Oui, la Culture avec un grand C, a depuis longtemps des interconnexions avec les sciences, ce phénomène n’est pas nouveau. ET oui encore, la Culture porte en elle le risque de gommer, de diluer voir de travestir les contenus scientifiques.

Inscrire la CSTI comme faisant partie intégrante de la Culture est essentiel. Dans un rapport du ministère de la Culture paru en septembre 2016 « Les représentations de la culture dans la population française »  , les français sont 41% à considérer spontanément la culture comme une somme de savoirs ou comme un processus d’acquisition de connaissances. Cette considération renvoie à une vision encyclopédique des Lumières (ah ben tiens encore !). Là, nous sommes dans les évocations spontanées des répondants, soit moins de 1 français sur 2. Les réponses sont plus satisfaisantes voir plus surprenantes lorsque les domaines leur sont énoncés (aux répondants). 77% des français considèrent la science comme un champs culturel (mais pas spontanément!). La CSTI a donc encore besoin de s’amouracher de ses adjectifs afin de gagner en reconnaissance.

Mais c’est qui la CSTI ?

Autre élément interpelant : la diversité des acteurs de la CSTI.

Si tu travailles dans le milieu de la médiation scientifique alors tu sais déjà depuis longtemps que ses acteurs sont polymorphes, polylogues et même polycordes (tout en étant mono sous payés … enfin pas tous quand même).

Capture3Lors de cette journée, organismes de recherches, universités, musées, associations, médiathèques, scientifiques, médiateurs.tices, ou encore médias, MJC, vidéastes, tous ont été salués pour leur implication dans la diffusion de la CSTI. Certains existent à l’échelle nationale, d’autres s’ancrent dans un territoire local aux contours bien définis.

Tous ne partagent pas les mêmes statuts (rattachés à l’état, la région, la ville , bénévoles ou salarié.e.s d’une association, vacataires, auto-entrepreneurs, … certains statuts se cherchent encore, pour exemple les vidéastes scientifiques), les mêmes ambitions (vulgariser, faire aimer, attirer vers des filières scientifiques, divertir, activer la citoyenneté, convaincre ou encore informer) les mêmes cibles (les scolaires, les publics éloignés géographiquement et/ou socialement des questions scientifiques,  les femmes).

Chacun des acteurs apporte sa spécificité, sa valeur ajoutée, son savoir-faire à ce réseau complexe qui a longtemps oublié d’intégrer des structures non institutionnelles dans sa prise en compte des partenaires possibles. Les associations par exemple, parentes pauvres de ce microcosme, souffrent souvent des orientations budgétaires et politiques au niveau local, régional ou national et n’ont pas la possibilité de pérenniser des actions qui sortent de l’événement ponctuel. Les actions au long cours sont donc victimes de ce fonctionnement.

Et les pépètes dans tout ça ?

Avant dernier point central dans cette stratégie nationale de la CSTI : le financement !

pépètes

L’état a déconcentré aux régions, depuis janvier 2014, un budget de 3.6 millions d’euros qui figurait à la base sur le budget du Ministère de la Culture (encore une bonne raison pour l’intégration de la Culture dans cette présentation officielle?!). Et le Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement Supérieure et de la Recherche (MENESR) soutient à hauteur de 800 000 euros par an des projets associatifs d’envergure nationale (par exemple la Fête de la Science … oh tiens encore un événement!).

Notons aussi que cette stratégie sera intégrée au livre blanc de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (prévu fin mars 2017, quel planning ! ). Et si une augmentation des budgets de la recherche prenait en compte la CSTI et ses actions par les opérateurs de recherche (universités ?)

Cette question du financement n’a été qu’à peine effleurée pendant la présentation. Comment répondre à des ambitions de toucher le plus grand nombre, d’avoir des acteurs opérationnels, formés, compétents et motivés, alors que les sources de financement n’augmentent pas ? Faire plus avec moins ? Faire mieux avec moins ? Ce n’est presque plus la question pour certaines structures : Comment faire tout simplement. 

Ne jouons pas la politique de l’autruche. Les acteurs « classiques » et « académiques » de la CSTI sont touchés par ces contraintes d’investissement et de soutien. Les acteurs moins « classiques » le sont davantage et doivent réfléchir à de nouvelle forme de revenus pour prolonger leurs missions de diffusion de la CSTI. J’ai cru même capter le terme d’opportunité dans la salle … L’évidence de trouver des financements autres que publics n’est pas nouvelle mais elle est urgente.

Mais sinon, elle donne quoi cette stratégie comme orientation ?

Dans les thèmes qui ont le vent en poupe ou l’auront dans les mois à venir sont nommés  :

  •  Le changement climatique et le DD : il ne faut pas laisser la COP 21 sans suite …! consommation d’énergie, recyclage, biodiversité, agriculture durable , autant de sujets à débattre, à questionner et auxquels les scientifiques doivent prêter main forte.
  • L’égalité femmes-hommes : lutter contre les stéréotypes, gender studies, amener les filles à embrasser des carrières scientifiques , bref … y a du boulot !
  • L’Europe : peur d’une contagion face au Brexit ? Ouverture d’opportunités trans-européennes de financement ? Meilleure connaissance d’un patrimoine commun ? Plusieurs axés à creuser avec cette thématique qui apparait comme la moins explicite.
  • Mémoire et Histoire des Sciences : remettre l’histoire des sciences dans les parcours scientifiques et en faire un atout pour les chercheurs dans leurs actions de CSTI.

 

Cette présentation de la Stratégie Nationale de la CSTI a eu le mérite de poser un diagnostic (acteurs, actions, objectifs, ambitions, défis, opportunités et dangers), de porter les sciences comme un réel appui à la décision publique (et de relever qu’elles étaient complètement absentes des débats présidentiels aujourd’hui) et d’effacer cette idée que les sciences sont l’apanage de certains, grandes figures, grandes institutions, grands musées (et d’intégrer des acteurs nouveaux en médiation scientifique).

Le mot de la fin d’Alain Geretz (Directeur général de la Recherche et de l’Innovation) sera aussi le mien : « la CSTI est joyeuse ».

Continuer à prendre du plaisir à la pratiquer, à la partager, à la débattre et à la cultiver, voici mon objectif numéro 1 et mon orientation principale. Et vous ?

 

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