Si Tu Savais … Les super-héros et Héroïnes sont entre deux mondes : le nôtre et celui auquel nous rêvons.

 

Faisant partie intégrante de la culture populaire, les super-héros portent en eux l’état du monde. Ils traduisent la pensée dominante de l’époque, ses aspirations et ses modes d’expressions. Le livre de Thierry ROGEL, « Sociologie des super-héros » (éditions Hermann, 2012) part de ce constat. Se basant sur un corpus Marvel entre 1961 et 1973, il en fait des objets d’étude qui révèlent l’être humain d’hier et d’aujourd’hui.

A la fois mi-hommes (ou mi-femmes … mais si peu de super-héroïnes) et mi-dieux (ou déesses), ces super-héros sont des mythes désacralisés. Leur vie privée, familiale ou sentimentale, relève de leur humanité. Leurs supers pouvoirs relèvent soit de la magie (dr Strange), soit de leur origine extra-terrestre (donc non humaine comme Superman) ou encore d’invention technologique (Iron Man et son armure par exemple). Et puis, dès les années 40/50, la science apporte elle-aussi sont lot de nouveaux super-héros.

Dans le livre de Thierry ROGEL, un chapitre est consacré à cette relation entre science et super-héros : science créatrice de supers pouvoirs mais aussi science accidentelle qui met en danger l’humanité.

« Des années 40 au début des années 60, l’image que les hommes se font de la science a changé. Dans les années 1940, nous vivons sur l’héritage du positivisme et du scientisme du XIXème siècle. (…). Hélas, cette confiance excessive dans la science a pu aboutir à des résultats peu désirables ». (p. 79-80)

atomicwar0101Pas étonnant d’avoir cette variation dans l’origine des supers pouvoirs lorsque la radioactivité se trouve sur le devant de la scène ! Une araignée radio-active pique un jeune ado timide et mal dans sa peau : le voici capable de s’accrocher aux murs et de sentir les dangers imminents. Que sait-on de cette araignée et des expériences qui ont été menées ? Pas grand chose, le sujet n’est pas là.

L’apparition des Fantastic Four est elle aussi d’ordre « scientifique » : exposés à des rayons cosmiques lors d’une mission spatiale, l’équipe des quatre se voit munie de supers pouvoirs déroutants tels que l’élasticité, l’invisibilité, la puissance du feu ou la résistance d’une pierre. Des ces astroparticules, nous n’en saurons pas plus également. Mais au temps de la conquête de l’espace, l’arrivée de cette équipe de supers-héros n’est pas anodine.

La génétique montre également le bout de son nez dans ce monde fantastique. Théorie de l’évolution, eugénisme, clonage, ces sujets n’échappent pas à nos super-héros. Les X-Men en sont les meilleurs exemples. Une mutation génétique touche une certaine partie de la population et lui octroie des qualités surhumaines.

« Toute l’histoire des X-men repose sur l’idée qu’il est en train d’apparaître une nouvelle espèce humaine, celle des « mutants ». (…). Avec la première équipe des X-men, on n’en est qu’à la première génération de mutants et on se sait guère ce qu’il se passera après. Les mutations se transmettront-elles de génération en génération ? si oui, selon quel mode ? » (p.99)

De cet état de fait (sans explication scientifique claire), ces « mutants » deviennent de merveilleux prétextes à l’étude de la différence et du rejet social.  Ils représentent également une vision politisée de ces thématiques : politique d’intégration (avec le professeur Xavier), une politique de séparatisme (avec les Inhumains réfugiés loin de la société) et une politique de domination (sous Magnéto).

Reflets de leur temps et reflets des questions de sciences et sociétés, ces personnages costumés sont notre propre reflet à travers les temps.

Même si Thierry Rogel peut parfois noyer de références sociologiques tout en restant superficiel dans l’approche méthodologique de son étude, son livre apporte une bonne introduction aux réflexions sociologiques de cette culture populaire que sont les comics. 

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