Si Tu Savais … Big Brother et Big Data ont fait des petits …

« Quand Mae Holland est embauchée par le Cercle, elle n’en revient pas. Installé sur un campus californien, ce fournisseur d’accès Internet relie les mails personnels, les réseaux sociaux, les achats des consommateurs et les transactions bancaires à un système d’exploitation universel, à l’origine d’une nouvelle ère hyper-numérique, prônant la civilité et la transparence. (…) Ce qui ressamble d’abord au portrait d’une femme ambitieuse et idéaliste devient rapidement un roman au suspens haletant, qui étudie les liens troubles entre mémoire et histoire, vie privée et addiction aux réseaux sociaux, et interroge les limites de la connaissance humaine. »

Connaissez vous le terme « dystopie » ? A l’inverse de l’utopie, la dystopie propose un monde assombri par des ambitions politiques de contrôle et de régulation déshumanisant les relations. Les nouvelles technologies sont les bras armés de cette menace. Parmi les lectures les plus emblématiques de ce type de fiction, nous pouvons citer « 1984 » d’Orwell, « Le meilleur des mondes » d’Huxley et même « Hunger Games » de Suzanne Collins.

Ce genre littéraire alerte, prédit et critique les dérives possibles de la société. Le héros de « 1984 » semble vivre dans un système communiste poussé à son paroxysme (le roman a été publié en 1949). La principale technologie utilisée dans le roman d’Orwell est l’écran de télévision. Pièce maîtresse de la surveillance, il voit tout, enregistre tout et diffuse également en continu la propagande de l’état. Impossible d’y échapper. Surtout que ce dispositif est mis en place afin de protéger et servir la paix.

« Le Cercle » de Dave Eggers est la version actuelle de cette dystopie.

Utilisant les nouvelles technologies et toutes les données issues de nos identités numériques, exposées librement et partagées, le système que crée le Cercle est fondé sur une volonté de partage, d’échange et de connaissance du monde. Sorte de méga Facebook qui aurait avalé tous les réseaux sociaux possibles, il aurait fusionné avec le géant Google et aurait pris l’allure trendy d’Apple. Au cœur du roman, les réseaux sociaux. C’est par eux que le lien social est exacerbé, toujours sollicité et ce lien se resserre autour de la gorge de l’héroïne, de ses collègues, de ses amis et de sa famille.

BIG DATA
Illustration BIG DATA – Satwik Gade pour the Hindu

D’abord, presque idyllique, l’aventure de Mae se mue en chemin de croix au rythme saccadé des relations numériques, se transformant en compteurs de followers, en statistiques de satisfaction et en taux de transformation d’achats. Et lorsque que l’héroïne devient le fer de lance des idéaux de cette entreprise, la tension du roman prend un tournant essentiel : toutes les technologies numériques pour rendre cette aventure réalisable s’assemblent comme un puzzle, la machine en marche ne peut qu’écraser le reste d’opposition encore possible. La quasi sérénité qu’affiche Mae est surprenante et inquiétante. Mais ne reflète t-elle pas ce qui existe déjà aujourd’hui lorsque que nous utilisons Facebook, Twitter ou Instagram ? L’héroïne est -elle sincèrement naïve ou complètement paumée dans ce monde où les secrets n’ont pas leur place, où la frontière entre vie privée et vie publique n’existe plus, et où il n’y a plus de place entre vie professionnelle et vie personnelle ?

Dans cette dystopie, l’anonymat n’existe plus. Nos like, tweets, cœurs, notes, RT, clin d’oeil, la recherche permanente de meilleures performances, d’une visibilité toujours plus grande sur Internet, tout cela nous rappelle que ce que le Cercle met en place existe déjà. Le roman rappelle forcément les angoisses existantes sur nos données personnelles, sur nos vies numériques, sur notre exposition volontaire. Il questionne sur notre liberté et notre responsabilité individuelle. Il aborde également le prix que nous sommes prêts à payer pour éradiquer le crime, soigner, garantir une transparence politique.

« Mon dieu, pensa Mae. C’est le paradis. » Dès cette première phrase du roman, nous comprenons que c’est l’enfer qui nous attend.

« Le Cercle » de Dave EGGERS – éditions Du monde entier Gallimard – Avril 2016

Bientôt au ciné aussi !

FACEBOOK
FACEBOOK – Mr. Thoms, Graffiti 2014
Publicités