humain

Aujourd’hui, la société est divisée et le malaise est grandissant.

Un groupe d’individus , responsables politiques, intellectuels  renommés, autorités vénérables, militants engagés ou doux rêveurs  nous alertent sur notre futur décroissant. Ces individus nous montrent du doigt l’industrie et la science comme le mal absolu , notre pire cauchemar. Ces terroristes de la Terre, défenseurs de la Nature, activateurs de tourments dépeignent un monde dans lequel la science et la technique fabriquent dans  leurs  laboratoires à tortures et dans leurs usines déshumanisées, notre extinction.

Ces biocatastrophistes sont dangereux. Ils calomnient la science. Ils instillent un climat de peur dont s’emparent non seulement les médias, mais aussi les arts à travers une littérature alarmante et un cinéma  d’épouvante. Internet avec ses espaces de libertés est pris d’assaut par cette foule d’écomoralisateurs et leur permet une visibilité toujours grandissante.

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Pourtant, l’humanité connait des succès immenses à travers les progrès scientifiques, des progrès d’une grande portée: ne sommes-nous pas capables aujourd’hui d’explorer l’espace,  de créer des diodes de la taille de quelques nanomètres, de modifier le contenu de nos assiettes ? Ne sommes-nous pas capables aujourd’hui de fabriquer du vivant en éprouvette, de redonner des jambes aux athlètes, de créer un cœur artificiel ?

Les technoprophètes font naître le désir de l’hybridation de l’humain, son adaptation à de nouveaux environnements, à de nouvelles pages de l’Histoire.

Demain nous serons capables de supprimer la maladie, la vieillesse et peut être même la mort. Demain, le clonage pourra nous nourrir sans faim, nous fabriquer sur mesure, nous réparer sans mal. Demain, l’humain se transformera et transgressera les limites naturelles qu’il subit depuis des millénaires. Les technosciences l’accompagnent dans sa mutation et le transformer en posthumain.

POSTHUMAINS

Voici donc le constat que dresse Dominique Lecourt dans son essai philosophique « Humain, postumain, la technique et la science » paru en 2003.  Nous, l’humanité, sommes à un tournant. Les biotechnologies, les nanotechnologies, la génétique nous ouvrent à des possibilités que seule la science-fiction avait effleurées.

« La réflexion philosophique apparait urgente (…)  pour tenter de comprendre rationnellement les ressorts de l’épouvante et (…) accéder aux très difficiles questions dont elle témoigne de la gravité tout en masquant la nature réelle. » (p.50).

L’objectif de son essai est donc clairement annoncée : comprendre cette méfiance qui semble être de plus en plus banalisée à l’égard de la science et des nouvelles technologies.

D’abord, il faut comprendre que cette scission entre technoprophètes et biocatastrophistes se nourrit de croyances et de dogmes religieux. Pour les uns, la technoscience permettra à l’humain de retrouver son paradis perdu, celui qu’il a perdu avec le Chute. Pour les autres elle annonce l’Apocalypse, l’extinction, la Fin.

Mais s’ajoutent à cette première analyse, deux questions d’ordre philosophique :

 La première concerne la place de la technique dans la construction de ce qu’est l’humain. Dominique Lecourt constate que les divers courants philosophiques existants n’intègrent pas la technique dans leur construction, comme si la technique était extérieure à l’homme. Or, pour lui, la technique est solidaire de l’aventure humaine depuis ses débuts et « l’invite à disposer du monde » (P . 52). L’humain est un être de désir, la technique son outil pour répondre à ses aspirations.

« Non, la technique n’est pas extérieure à la vie humaine. Issue de la vie, elle y trouve sa place » (p. 88)

homme et technique

La seconde question, et certainement l’une des plus pointue en philosophie, est la suivante : qu’est-ce que la nature humaine, celle que les biocatastrophistes cherchent à protéger et à défendre ?

Cette notion de nature humaine a fait couler beaucoup d’encre,  occuper nombre de philosophes et a affronté de nombreuses attaques. Dominique Lecourt balaye joyeusement cette notion affirmant qu’elle est périmée, (p. 57) voire même qu’elle n’existe pas. Et si cette nature humaine n’existe pas, les technosciences ne peuvent la dénaturer. D’ailleurs, la morale et l’éthique en vigueur aujourd’hui sont basées sur cette notion de nature humaine désuète. Alors elles doivent être revues et corrigées afin d’intégrer de nouvelles formes du vivant : clones, cyborg, Intelligence artificielle et de nouvelles formes de créer le vivant en dehors de la reproduction sexuée d’Adam et Eve : la PMA, le clonage, par exemple.

L’essai de Dominique Lecourt est très érudit. Il cite de nombreux philosophes, il se cite également beaucoup lui-même. La lecture de son essai est par moment peu accessible à quelqu’un qui ne maitrise pas les différents courants philosophiques. Il met autant de verve à se moquer des biocatastrophistes qu’à ridiculiser les technoprophètes et leur engouement à mettre fin au corps humain. Son positionnement semble parfois manquer de nuances, notamment sur la question du clonage. Sommes-nous réellement un biocatastrophiste si nous sommes contre le clonage humain ? Redéfinir la nature humaine, voir la nier, fait-il vraiment accepter une nouvelle morale et une nouvelle éthique sous pretexte qu’elle est emprunte de religiosité ?

Présentation PREZI

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