Si Tu Savais … la France qui travaille est belle, du moins sous l’objectif de François KOLLAR.

Depuis mercredi au Jeu de Paume à Paris, une expo à ne pas louper : François KOLLAR – A working Eye (jusqu’au 22 mai 2016). 
François Kollar, photographe hongrois, arrive à Paris dans les années 20 et travaille dans l’usine Renault de Boulogne Billancourt avant de se consacrer entièrement à la photographie.
Au début des années 30, les Editions Horizons de France lui commande un reportage photo dans le but de mettre en avant la « France laborieuse ». Pendant près de 3 ans, François Kollar parcourt les régions françaises et réalise plus de 2000 clichés.
Le début des années 30 amorce un virage capital pour la France : le poids de l’agriculture y est encore important, toutefois la crise financière mondiale se répercute violemment sur les villes et campagnes françaises. Une mutation sociale et économique est en marche et les photos de François KOLLAR nous apporte un témoignage sur cette transition de l’homme à la machine, du monde agricole aux villes industrielles.
Une grande partie de l’exposition se base sur cette commande : La France travaille. 
Tous les corps de métier ou presque sont présentés.
Et quelques uns ont attirés davantage mon attention que d’autres :

les mines

C’est probablement le seul registre de métier dans lequel toute la famille, femmes, enfants, autour de père travailleur, est représentée. Les mines ressemblent ainsi à un grand village où tous les travailleurs se retrouvent en vase clos. Ce sont également les seules séries de photos présentant des portraits, laissant penser que l’humain et sa force de travail sont encore très présents dans cette activité.

Les usines 

Étrangement, il semble que le photographe privilégie les lignes, les aspects de matières, la lumière plutôt que l’humain dans cette série. Les machines sont omniprésentes et leur grandeur dans l’espace de travail rend l’humain insignifiant, quasi inexistant.
Les usines modifient également le paysage urbain et un photomontage de la ville de St Etienne datant de 1931 est vertigineux : les cheminées des usines en plein centre ville, presque collées au clocher de l’église … quel message !
Exposition Jeu de Paume – François KOLLAR – A working eye – 2016

L’édition

La photographie d’un atelier de reliure à Malakoff en 1931 est magnifique. On y voit des piles de livres posées partout, à terre, sur les bureaux, sur les meubles, et des hommes, des femmes, minuscules presque écrasés dans cet espace spacieux et pourtant si étriqué.

L’Énergie

Le chantier du barrage de Sarrans (Aveyron)  laisse une impression de destruction plus que de construction. Les photographies soulignent parfaitement la grandeur du chantier et l’utilisation du béton partout. Les ouvriers, peu présentés dans le reportage, sont en grande majorité des travailleurs étrangers (portugais, italiens, yougoslaves) et leurs conditions de travail difficiles. Pas de traces sur les photographies également.

Les femmes au travail

Dans les marchés, dans les usines, dans la mode, dans les mines, dans les commerces, les femmes sont là en pointillés, petites mains travailleuses aux visages concentrés sur la tâche. La France qui travaille n’est pas qu’une France d’hommes en ce début des années 30. Quelques avancées dans le statut des femmes commencent à porter leur fruit : même traitement, comprendre même salaire, pour les hommes et les femmes exerçant le même travail au sein de la fonction publique, programmes identiques dans les écoles du secondaires pour les filles et les garçons. Toutefois, le droit de vote des femmes est toujours bloqué par le Sénat malgré les nombreuses propositions de l’Assemblée nationale et la vente des contraceptifs toujours interdite. Leur participation au monde du travail leur est également reprochée : main d’œuvre moins onéreuse, l’opinion publique les condamne aisément d’être l’une des causes du chômage des hommes.
D’ailleurs dans les photographies présentées, elles sont en majorité représentées entre elles, dans des postures
Exposition Jeu de Paume – François KOLLAR – A working eye – 2016

 

L’exposition des photographies de François KOLLAR impressionne par la maîtrise des diagonales, lignes et des lumières. Elle étonne aussi par le caractère presque « non-social » du sujet. L’un des plus grands mouvement social était alors en pleine gestation, la grève générale de 1936 qui touchera tous les secteurs professionnels et qui tente de révolutionner les rapports de l’employé à son entreprise.
« Cette France travaille » est complétée par d’autres travaux de François KOLLAR :
  • son incursion dans le monde de la photographie des magazines de modes (portaits de Mademoiselle Chanel par exemple ou de modèles de hautes maisons de couture).
  • ses reportages pour l’Afrique-Occidentale Française (AOF) dès 1951 destinés à promouvoir l’action industrielle française (n’hésitez pas à prendre le temps de lire les extraits des revues)
  • ses travaux pour les groupes industriels français tels que Moulinex, Sarlino ou encore l’APEL (Association pour la Promotion de l’Électricité)
Exposition Jeu de Paume – François KOLLAR – A working eye – 2016

 

Pour en savoir plus :

Dossier documentaire

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