Restitution orale du vendredi 11 décembre 2015
Texte de Sébastien TREYER – Extrait « Les sciences, ça nous regarde » – 2013
« La science, ça nous regarde » – éditions La Découverte


Lien pour la présentation produite avec l ‘application Spritesapp: Ici


 1- Slide Intro 

  • Pourquoi ce texte ?
Les avenirs communs cela m’a interpelée. Pourquoi du pluriel puisque nous parlons généralement d’Avenir avec un grand A et sans S. ? Je vois déjà dans le titre une certaine forme de controverse : plusieurs avenirs possibles ? Plusieurs acteurs ? Plusieurs débats possibles. Je pensais choisir un sujet dont la thématique serait le climat et les discussions mondiales pour trouver des accords communs (la COP21 aurait soutenue le débat). Je me suis trompée, mais n’en suis pas loin quand même.
Ce texte de Sébastien Treyer, directeur des programmes à l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relation Internationales) et responsable du programme « Agriculture & Food « , est centré sur la sécurité alimentaire dans le monde. La discussion planétaire dont il est question se passe entre les différents acteurs possibles mais aussi entre les différents bénéficiaires de cette sécurité alimentaire attendue.
Pour aborder ce sujet,  Sébastien TREYER part d’un événement concret : la 1ère GCARD, une conférence mondiale sur la recherche agricole pour le développement qui s’est tenu en mars 2010 à Montpellier.
L’objectif de ce rassemblement :coordonner les recherches scientifiques mondiales afin d’identifier les axes de développement.  

2 – Slide GCARD

Logo GCARD 2010

 

Retour sur le contexte 2010 : 
Fortes perturbations sociales et politiques en Afrique Subsaharienne en 2008, appelées « émeutes de la faim ». Les causes de ces émeutes sont multiples (volatilités des prix des denrées alimentaires de base : RIZ / BLE, marchés mondiaux déstabilisés, crise du pétrole, …etc.) Ces perturbations réveillent une peur ancestrale ancrée dans nos civilisations : Comment se  nourrir? et pour les gouvernements et les organisations mondiales : Comment les nourrir?
Parce qu’on commence à être sacrément nombreux sur cette planète …De nombreuses études démographiques estiment une population mondiale entre 9 et 10 milliards d’habitants d’ici 2050 !
La réponse évidente quand on parle d’augmentation de la population et de sécurité alimentaire, est de parler d’augmentation de la production des denrées alimentaires.
 
+ D’habitants = + de nourriture !
Mais ce qui semble être une évidence n’est pas la seule à s’entendre.
Les différents publics représentés durant cette conférence mondiale, chercheurs, délégués politiques, représentants du monde agricole, entreprises privées, donateurs, débattent autour du sujet et tentent de trouver différentes solutions.
 

 

Mais au fait, qui invite ? qui organise cette conférence?

 

3 – Slide CGIAR

Plongée au coeur des différents acteurs :
Répondre à cette question, c’est le début de mon aventure dans la découverte des différentes organisations  autour de la thématique de la sécurité alimentaire, du développement des recherches agricoles et autres centres de recherches spécialisés. Première impression : beaucoup d’intervenants et beaucoup d’enjeux (économiques, scientifiques, sociétaux). On peut dire qu’il y a du monde qui planche sur la question.
Deuxième impression :  C’est sans fin et nébuleux.
Alors qu’est ce que la CGIAR (Consultative Group on International Agricultural Research) ? 
Fondée par la Banque Mondiale et l’organisation de l’ONU dédiée, la FAO, en 1971, il s’agit d’un groupe consultatif dédié à la coordination des recherches agricoles. Cette organisation regroupe 15 centres de recherches et draine environ 5 milliards de fonds afin de créer les innovations de demain qui sécuriseront l’alimentation des 10 milliards d’habitants à venir.
La GFAR (Global Forum on Agricultural Research) est l’outil qui permet cette collaboration plurielle. Il s’agit de la plateforme d’échange scientifiques entre les 15 centres existants.
  « Cette gouvernance est l’objet de controverses et de réformes depuis sa création »
« (…) Cette réforme de la gouvernance du CG est aussi traversée par les controverses liées à l’histoire de ses centres de recherches agricoles ».

4 – Slide CIMMYT

Un exemple du passé :
Des controverses car par le passé les exemples de dérives, de dysfonctionnements voir de vrais échecs ternissent cette organisation.
Sébastien TREYER reprend rapidement l’exemple du CIMMYT (Centro International de Mejoriamento de Maïz y Trigo), l’un des centres de recherches de la CGIAR basé à Mexico, dont les racines de sa création remontent à la fin des années 40. Ce centre regroupe des chercheurs mexicain et américains afin d’améliorer la productivité des denrées alimentaires primaires : le blé et le maïs. Parmi ces chercheurs, le célèbre Norman BORLANG, fondateur du terme qu’on entend encore beaucoup aujourd’hui : « la révolution verte ».
Il va travailler pendant plus de 20 ans dans ce centre de recherche mexicain afin de mettre au point des variétés de semences à haut rendement: les VH.
Et répandre ses trouvailles dans le monde entier,  surtout là où la famine est la plus répandue : Inde, Afrique, Amérique du Sud.
Au-delà des VHR c’est tout un système agricole qui se transforme : taille des champs, réseaux hydrauliques, outils pour labourer la terre, récolter, ajout de la chimie avec les engrais et les pesticides. Tout cela a un prix, appauvrit les petits agriculteurs et accentue les clivages entre ceux qui peuvent produire grâce à ces nouvelles technologies (la plupart du temps en s’endettant) et ceux qui abandonnent leurs terres et préfèrent migrer vers d’autres pays.
Certains diront que la révolution verte a permis de sauver des millions de vie. Norman Borlang a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1970 pour toutes ses recherches.

D’autres diront que nous payons encore aujourd’hui le prix de cette révolution verte , ses bouleversements sur la biodiversité et sur les marchés agricoles.

Norman Borlang – citation

5 – Slide GCARD 2010

 

Retour à Montpellier en 2010.
Nous savons que la science et les innovations technologiques peuvent augmenter la productivité des denrées alimentaires.
Nous savons aussi que ces progrès n’ont pas été bénéfiques pour l’ensemble des acteurs du monde agricole et qu’il y a eu des conséquences non négligeables sur l’environnement.
Forts de tous ces savoirs, de ces complexités à parler d’avenirs communs, le moment est venu de décider des répartitions des fonds.Chaque acteur a la parole pour défendre ses projets, ses problématiques :
« l’heure de la démocratisation des choix semble enfin avoir sonnée : toutes les parties concernées ont voix au chapitre pour essayer d’influencer l’attribution des financements disponibles (…). « 
Les avenirs avec un « S »sont là. Ce sont les avenirs de ces chercheurs, agriculteurs, délégués politiques, entreprises. La volonté des uns vont à l’encontre de la volonté des autres.Et pourtant, il faut prendre des décisions.

6 – Slide GCARD 2010

Comment influencer ? Comment convaincre ?
« Des procédures très complexes sont mises en place pour recueillir les besoins des agriculteurs. (…) Mais la synthèse de tous leurs avis et souhaits pour l’avenir court le risque d’être soit une longue liste sans que puissent émerger des priorités, soit une déclaration de principes(…) » 
Pour certains, travailler l’avenir, prévoir la productivité nécessaire et « vendre » leur projet, c’est avant tout un ensemble de chiffres : statistiques, indicateurs, taux, simulations et calculs savants. Comme le dit Sébastien Treyer c’est une manière utile de contribuer au débat mais ce n’est pas la seule.

Après avoir établi un bilan des connaissances et des recherches, des centaines de scientifiques rassemblés sous l’EISTAD, un processus participatif neutre (c’est-à-dire que chaque scientifique parle en son nom et ne représente pas une partie autre), présentent d’autres manières de procéder, d’autres cultures possibles. On pense à l’agroécologie, qui prend en compte la culture mais aussi l’ensemble des ressources disponibles localement.
Toutefois, vendre ce type de projets plus locaux et peut être moins « rentables », ce n’est pas vendre des promesses ni des chiffres.

Pour que le débat autour de la sécurité alimentaire mondiale puisse faire émerger de réelles avancées et mettre en place des solutions pour tous, il se doit d’être plus transparent, plus ouvert et plus indépendant.

7 – Conclusion

Il est important de tenir compte du passé, de nos réussites mais aussi de nos erreurs, de comprendre qu’aujourd’hui encore, la sécurité alimentaire est loin d’être acquise : 1 personne sur 6 souffre de sous nutrition en 2015 et de garantir dans le débat une transparence et une évolution collaborative de perpétuelle remise en question.

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