Avez-vous déjà observé certains tableaux de Manet, de Cezanne ou de Picasso en imaginant que les modèles étaient des prostituées et que la scène représentée ne pouvait être qu’une scène de prostitution ? 
Dans le tableau « la prune » de Manet, la femme accoudée fumant sa cigarette, le regard un peu vide ou rêveur, parait lointaine du spectateur et donc loin d’être aguicheuse. 
Pourtant, une femme buvant seule à la terrasse d’un café, fumant, offerte aux regards de tous dans un Paris du XIXème et du début du XXème siècle, est une femme qui se prostitue. (Du moins selon l’expo)



Prostituée passagère ou reine du trottoir, prostituée occasionnelle ou grande dame de gentille compagnie, les genres se mélangent comme la perception de ces scènes de vie parisienne.

La réussite de cette exposition est là : la subtile frontière entre une ville de joie et de misère, de bouleversements sociaux et de maintien de l’ordre des choses. 

La femme comme objet de marchandise pour le plaisir des hommes.
Le corps de la femme lieu de vice et de maladie, un corps diabolisé par les uns et vénéré par les artistes peintres de l’époque. 
La vie de la femme entre choix et errances, acceptation et prise de pouvoir. 
Et Paris. 
 Paris, ville de distraction, de plaisirs, de modernité. 
Paris, capitale de l’amour et du sexe. 
Paris, ses rues, ses boulevards, ses scènes. 
Et Paris, ses maisons, ses appartements, ses boudoirs. 

Et c’est dans un boudoir que nous emmène cette exposition. 

Rouge comme la passion, mais sans clinquant, loin des décorations opulentes des maisons closes que l’expo représente. 
Le regard des artistes sur ces femmes et ses scènes de vie peut parfois ressembler aux nôtres : regard voyeur, regard triste, regard moralisateur ou encore regard cruel. 



Étude sociologique de la prostitution ou exposition d’art simplement ? 

Difficile de choisir. Pour réussir à être la première, l’exposition passe à côté d’une vraie analyse historique de la prostitution en ne se concentrant que sur le regard des artistes.
En tout cas, elle réussit parfaitement la seconde. 

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