Définir ce qu’est un garçon et ce qu’est une fille est, d’un point de vue biologique, assez simple. Cela se limite souvent à une différence de sexe. 
Mais les choses se complexifient lorsque des notions culturelles s’en mêlent.
En tant que parent, en tant que mère, c’est un combat sans fin pour moi de lutter entre mon envie d’être le plus neutre possible sur la question des genres et le besoin fondamental de transmettre à mes filles un féminisme combatif. 
Sans compter les différentes interrogations dont me bombardent mon aînée. 
– « si j’ai les cheveux courts, je ne serai plus une fille? »
– « Quand je joue au foot à la récrée, on me dit que je suis un garçon manqué. ça veut dire que j’aurais dû être un garçon ? « 
– « Pourquoi les garçons ne mettent pas de robes, alors que les filles portent des pantalons aussi? »
Bref … c’est sans fin. 

Couverture « C’est quoi être une fille,
c’est quoi être un garçon? »

Alors trouver un outil qui nous permet de décortiquer un peu plus ces questions et d’expliquer avec des mots simples tous les événements culturels qui ont forgé notre vision du genre, ça donne forcément envie.

« C’est quoi être une fille? C’est quoi être un garçon? » aux éditions Bayard Jeunesse est un ouvrage construit autour de différentes questions posées par des enfants de primaire et auxquelles répond Stéphane Clerget, pédopsychiatre. 

Une trentaine de questions enfantines pour remettre certaines problématiques sociétales en relief, comme par exemple :
« Pourquoi le mot générique c’est l' »homme »? « , « Pourquoi il n’y a jamais eu de Présidente en France? » ou encore  » Pourquoi, dans certains pays, on préfère les garçons ». 

Même si le livre est joliment illustré (Anne Rouquette), les questions rigolotes et pleines de sens, les réponses claires et synthétiques, je tique un peu sur quelques points : 
> pourquoi ne retrouve t-on qu’un pédopsychiatre comme représentant « scientifique » ? Qui plus est une figure plutôt ambivalente sur le sujet (cf. Les maîtresses d’école, cause de l’échec scolaire des petit garçons ?)
Un(e) anthropologue, histoirien(ne), sociologue, biologiste auraient aussi leur place dans ce type d’ouvrage notamment pour éviter certaines glissements culturels. Par exemple, l’idée d’être amoureux est à la base de la procréation. Cela induit un contexte culturel et non biologique.
 
 > le passé et le présent sont lissés, cela afin de démontrer les progrès culturels entre ces deux représentations. Il faut quand même être vigilant car c’est simplifier le débat et oublier que l’égalité homme-femme reste encore un combat dans beaucoup de domaines même en France. 

> La reproduction de clichés sexistes n’échappe pas à la bienveillance de l’ouvrage. 
Par exemple, dans un encadré, on peut lire « La testostérone rend agressif alors les garçons se défoulent par le sport ou la bagarre ». L’homme serait combatif par nature, c’est biologique. Or certaines études scientifiques sur le sujet démontrent que le lien entre testostérone et agressivité n’est pas un fait si évident et le débat scientifique sur la question reste ouvert. Là aussi, une incursion culturelle vient déformer le discours scientifique. 

L’intention de l’ouvrage est pourtant vertueuse. Et sa lecture agréable.
Sortit en mai 2014 alors que les débats autour du genre et surtout autour de la représentation des sexes dans les écoles bat son plein, cet outil est quand même bien utile nous pas forcément pour transmettre certaines vérités mais surtout pour débattre. 
A la maison, ce fut le moyen de répondre à certaines interrogations et aussi en faire naitre beaucoup d’autres.

Publicités